Traite des esclaves africains : l’ONU la qualifie de crime contre l’humanité

Le mercredi 9 septembre 2025, l’Assemblée générale des Nations Unies a officiellement proclamé la traite des esclaves africains comme étant le « crime le plus grave contre l’humanité ». Cette décision, bien que non contraignante, marque un tournant significatif dans la reconnaissance historique de ce fléau, soutenue par le Ghana, qui appelle à des excuses et à des réparations.

EN BREF

  • La traite des esclaves africains reconnue comme crime contre l’humanité par l’ONU.
  • Adoption de la résolution soutenue par le président ghanéen John Mahama.
  • Les États-Unis et d’autres pays ont voté contre ou se sont abstenus.

Cette proclamation a été portée par le président ghanéen John Mahama, qui a fait le déplacement à New York pour défendre cette initiative historique. Lors de son discours, il a exprimé la nécessité de « proclamer la vérité » et d’entamer un chemin vers la guérison et la justice réparatrice. Ce jour-là, des commémorations avaient lieu pour honorer les victimes d’un calvaire qui a duré plusieurs siècles.

La résolution a été adoptée avec le soutien de 123 États, tandis que 3 pays, à savoir les États-Unis, Israël et l’Argentine, ont voté contre, accompagnés de 52 abstentions, incluant le Royaume-Uni et divers États membres de l’Union européenne. Le texte condamne la traite des Africains en esclavage et l’esclavage racialisé comme les plus graves crimes contre l’humanité, soulignant l’ampleur, la brutalité et les conséquences persistantes de ce phénomène.

Lors de cette session, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a insisté sur le fait que les partisans de l’esclavage avaient créé une idéologie raciste justifiant des actes inacceptables. Il a également évoqué les « blessures » encore visibles aujourd’hui, provoquées par ce qu’il a qualifié d’« ordre mondial pervers ». Guterres a appelé à « pointer du doigt le mensonge de la suprématie blanche » et a plaidé pour la vérité, la justice et la réparation.

La résolution incite les États à s’engager dans un processus de justice qui inclut des excuses formelles et des compensations pour les descendants des victimes, ainsi que des politiques de lutte contre le racisme. Les autorités ghanéennes ont exprimé leur attente que les pays responsables de la traite, notamment les États-Unis et les nations européennes, présentent des excuses formelles et des réparations adéquates.

Le ministre ghanéen des Affaires étrangères, Samuel Okudzeto Ablakwa, a déclaré que les excuses « molles » données par le passé ne suffisent pas. Il a affirmé que ce texte constitue une étape essentielle pour reconnaître les crimes passés et pour engager un dialogue constructif sur la réparation des torts historiques.

En réponse à cette résolution, les États-Unis ont justifié leur opposition par la nature « hautement problématique » du texte. Ils ont affirmé qu’ils ne reconnaissent pas le droit légal aux réparations pour des actes qui étaient considérés comme légaux à l’époque où ils ont été commis. Des positions semblables ont été adoptées par plusieurs États membres de l’Union européenne, qui ont exprimé des préoccupations concernant une hiérarchisation des tragédies historiques.

Le représentant français, Sylvain Fournel, a plaidé pour éviter de « mettre en concurrence » les souffrances historiques, tout en soulignant l’importance de ne pas oublier les atrocités passées. Il est crucial d’établir un dialogue respectueux et constructif sur ces questions délicates, en veillant à ce que toutes les voix soient entendues.

Face à ces tensions, le chef de la diplomatie ghanéenne a réaffirmé que la lutte pour la reconnaissance de la traite des esclaves ne cherche pas à minimiser d’autres souffrances humaines, mais vise à rendre visible une injustice perdurante qui a profondément marqué l’histoire de l’humanité.

Cette résolution de l’ONU pourrait potentiellement ouvrir la voie à des discussions plus larges sur les réparations et la réconciliation, tout en mettant en lumière les injustices qui continuent d’affecter les populations d’ascendance africaine aujourd’hui. La reconnaissance de la traite des esclaves comme crime contre l’humanité est un pas vers une prise de conscience collective et une action significative pour la justice et l’égalité.