Fabrice Leggeri, ancien dirigeant de l’agence Frontex et eurodéputé du Rassemblement national (RN), fait face à une enquête pour complicité de crimes contre l’humanité. Cette affaire, qui prend un tournant historique, s’inscrit dans un contexte de tensions croissantes autour de la gestion migratoire en Europe.
EN BREF
- Fabrice Leggeri visé par une enquête pour complicité de crimes contre l’humanité.
- La plainte de la Ligue des droits de l’homme évoque des refoulements illégaux de migrants.
- Environ 82 000 migrants sont morts ou portés disparus depuis 2014, dont 34 000 en Méditerranée.
Le 18 mars 2026, la justice française a ordonné l’ouverture d’une enquête visant Fabrice Leggeri, un personnage central du RN qui a dirigé Frontex de 2015 à 2022. Cette enquête fait suite à une plainte déposée par la Ligue des droits de l’homme (LDH) en 2024, accusant Leggeri d’être impliqué dans des pratiques de « pushbacks », c’est-à-dire de refoulements illégaux de migrants, souvent en collaboration avec les garde-côtes libyens et grecs.
La LDH affirme que sous la direction de Leggeri, Frontex a encouragé ses équipes à privilégier les interceptions de navires plutôt que les opérations de sauvetage, mettant ainsi en danger des milliers de vies humaines. Les conséquences de ces politiques sont tragiques : selon les estimations de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) et de l’ONU, environ 82 000 migrants ont perdu la vie ou sont portés disparus depuis 2014, une situation jugée largement sous-estimée.
Pour la première fois, un ex-dirigeant d’une agence européenne se retrouve confronté à une telle procédure judiciaire. Un juge d’instruction va examiner le rôle de Leggeri dans cette tragédie migratoire qui affecte l’Europe depuis des années. Emmanuel Daoud, avocat de la LDH, a déclaré que cette enquête pourrait établir la responsabilité pénale de Leggeri dans les drames qui ont coûté la vie à de nombreux migrants, y compris des femmes et des enfants.
Âgé de 57 ans, Fabrice Leggeri a été nommé à la tête de Frontex en 2015, à un moment où la crise migratoire prenait de l’ampleur. Son mandat a été marqué par des controverses, notamment concernant le traitement des migrants en mer Méditerranée. En avril 2022, il a démissionné suite à une enquête de l’Office européen de lutte antifraude (Olaf), qui l’accusait de mauvaise gestion et de manquements dans ses fonctions.
En 2024, Leggeri a fait un virage politique en rejoignant le Rassemblement national, où il a été élu eurodéputé. Depuis lors, il a défendu une ligne dure sur les questions migratoires, affirmant que le RN possède un plan concret pour lutter contre l’immigration.
Le lancement de cette enquête constitue un tournant dans la manière dont les politiques migratoires de l’Union européenne sont scrutées et remise en question. Les ONG rappellent que des violations graves des droits humains ont été documentées dans les rapports de l’ONU, soulignant la gravité de la situation des migrants renvoyés en Libye.
Alors que Fabrice Leggeri se retrouve sous le feu des projecteurs, son entourage a refusé de commenter l’affaire, affirmant ne pas avoir été informé préalablement de cette enquête. Cette pression médiatique, couplée à une mise en cause judiciaire et politique, change la dynamique de son parcours, marquant un chapitre inédit dans l’histoire des agences européennes et des droits humains.