La capitale ghanéenne, Accra, a vibré de joie ce jeudi, à la suite de l’adoption par l’Assemblée générale des Nations unies, d’une résolution qualifiant la traite des esclaves africains de « plus grave crime contre l’humanité ». Un moment jugé historique par de nombreux Africains, mais qui suscite également des interrogations sur les actions concrètes qui suivront cette reconnaissance.
EN BREF
- Adoption par l’ONU d’une résolution sur la traite des esclaves africains.
- Des voix s’élèvent pour questionner l’absence d’engagements concrets.
- Le Ghana et le Bénin se positionnent comme des portes d’entrée pour la diaspora africaine.
Le mercredi 27 mars, jour symbolique de la Journée internationale de commémoration des victimes de la traite transatlantique des esclaves, l’Assemblée générale des Nations unies a voté une résolution marquante, soutenue par 123 pays. Le Ghana, sous l’impulsion de son président John Mahama, a joué un rôle central dans cette initiative, espérant obtenir des excuses et une forme de justice pour les souffrances infligées à leurs ancêtres.
Cette résolution souligne l’ampleur et la brutalité de la traite des esclaves, un phénomène qui a vu plus de 15 millions de personnes arrachées à leur terre entre le XVIe et le XIXe siècle. Un crime, selon les mots de l’historien ghanéen Kwaku Darko Ankrah, qui a déshumanisé des millions d’individus, réduits à l’état d’objets. « L’être humain n’a aucun droit, il n’existe pas », a-t-il déclaré, décrivant les conditions de vie des esclaves dans les plantations des colons européens.
Les réactions à cette décision historique varient. Abigail Selikem Teye, étudiante ghanéenne, exprime sa joie, soulignant que cette reconnaissance est un pas vers la justice. D’autres, comme l’historienne Lylly Houngnihin, émettent des réserves sur l’abstention de certains pays riches, soulignant que ceux qui ont profité de ce crime devraient être tenus responsables.
La résolution de l’ONU fait particulièrement référence à la traite transatlantique, tout en omettant d’autres formes de traite qui ont également eu lieu, comme celle de l’océan Indien ou la traite transsaharienne. Ces aspects historiques, bien que non mentionnés dans la résolution, demeurent cruciaux pour comprendre l’ampleur des injustices subies par les Africains tout au long de l’histoire.
La question des réparations, qui reste en suspens, suscite des débats passionnés. La résolution encourage les États à soutenir les initiatives de justice réparatrice, mais sans engagement concret. Franck Ogou, directeur de l’école du patrimoine africain au Bénin, s’interroge : « Qui va payer pour tous les désagréments que cela a dû causer ? ». Cela soulève une question essentielle : quelles actions suivront cette reconnaissance officielle ?
La réponse à cette question semble également liée aux initiatives prises par le Ghana et le Bénin pour accueillir les membres de la diaspora. Le Ghana, en particulier, a lancé l’initiative « Year of Return » en 2019, qui a permis à plus de 1.000 afro-descendants de retrouver leurs racines et d’obtenir la citoyenneté ghanéenne. Le Bénin, de son côté, propose également un accès simplifié à la nationalité pour les afro-descendants.
Pour certains, comme Obadele Bakari Kambon, Afro-américain devenu citoyen ghanéen, le rapatriement des descendants d’esclaves est une étape nécessaire vers la guérison collective. « La guérison passe par le rapatriement », affirme-t-il, appelant à un retour aux sources pour ceux qui ont été arrachés à leur terre.
En somme, cette résolution de l’ONU marque un tournant significatif dans la reconnaissance des souffrances infligées par la traite des esclaves. Cependant, les attentes autour des actions concrètes à venir sont élevées. Les voix qui s’élèvent pour appeler à des mesures tangibles et à une véritable justice témoignent du besoin crucial d’un engagement durable et respectueux envers les descendants des victimes.