Un rapport scientifique très attendu a recommandé, ce jeudi, à l’Union européenne de mettre en place des restrictions significatives concernant les polluants éternels, connus sous le nom de PFAS. Ces substances chimiques, qui présentent des risques croissants pour la santé publique et l’environnement, sont largement utilisées dans divers produits de consommation courante.
EN BREF
- Un rapport recommande des restrictions sur les PFAS en Europe, avec des exceptions ciblées.
- Les PFAS sont nocifs et persistent dans l’environnement, contaminant sols et eaux.
- La France a déjà interdit certains PFAS dans divers produits depuis janvier 2025.
Les polluants éternels, utilisés pour leurs propriétés antiadhésives et imperméabilisantes dans des produits allant des cosmétiques aux vêtements, sont réputés pour leur grande résistance à la décomposition. Le rapport souligne que ces substances chimiques, en raison de leur persistance dans l’environnement, posent des dangers significatifs pour la santé humaine, notamment en causant des cancers et des troubles de la reproduction.
La Commission européenne envisage d’interdire ces substances dans les produits de consommation courante, comme les vêtements ou les emballages alimentaires, mais prévoit des dérogations pour certains secteurs jugés essentiels, comme le domaine médical. Cependant, pour avancer dans cette direction, Bruxelles attend l’avis de l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA), qui a déjà rendu un premier rapport sur la question.
Dans son évaluation, l’ECHA a catégoriquement affirmé que les PFAS sont « nocifs » et que leur utilisation pose « des risques croissants » pour la population et l’environnement. Les experts de l’agence ont noté que ces substances se déplacent sur de longues distances, contaminant les ressources en eau et les sols, ce qui souligne l’urgence d’une régulation stricte.
Les recommandations des experts vont au-delà d’une simple restriction : elles préconisent une « large restriction » des PFAS, mais avec des dérogations pour les cas où aucune alternative n’est disponible. Cette position a reçu un accueil favorable de la part des ONG environnementales. ClientEarth, par exemple, a exhorté les décideurs politiques à agir rapidement pour éviter un désastre sanitaire à grande échelle.
Cependant, ce rapport a suscité des réactions mitigées au sein de l’industrie. Le lobby pharmaceutique européen s’est dit « profondément préoccupé » par les conclusions et a averti que sans dérogations claires, des délocalisations pourraient avoir lieu, car les PFAS sont jugés essentiels à certains processus de fabrication de médicaments.
Au sein même de l’ECHA, les opinions divergent. Certains experts estiment qu’une interdiction totale des PFAS serait la solution la plus efficace pour réduire leur impact, tandis que d’autres mettent en avant le risque d’augmenter les émissions et de créer des « risques non contrôlés » en raison de dérogations. En conséquence, ils recommandent un étiquetage clair des produits contenant des PFAS et des plans de gestion spécifiques pour chaque site industriel.
Les mesures législatives de l’Union européenne ne sont pas attendues avant 2027, mais des actions ont déjà été entreprises au niveau sectoriel. Par exemple, une directive en vigueur depuis janvier impose un seuil maximum de 0,1 microgramme par litre pour les PFAS dans l’eau potable, tandis que des réglementations concernant les emballages alimentaires entreront en vigueur en août 2025.
En France, des initiatives ont été prises pour interdire certains PFAS dans divers produits, notamment les vêtements et les cosmétiques, bien que certaines exceptions demeurent. Les organisations environnementales critiquent la lenteur de l’Union européenne à agir face à ces enjeux, souvent influencée par les lobbies industriels.
La commissaire européenne Jessika Roswall a exprimé son soutien à la transition visant à éliminer les polluants éternels, promettant des mesures qui apporteront « clarté et prévisibilité » aux consommateurs et aux entreprises. Un rapport publié en janvier a estimé que le coût des PFAS pour l’Europe pourrait atteindre entre 330 milliards et 1.700 milliards d’euros d’ici 2050, en fonction des mesures nécessaires pour dépolluer l’environnement et protéger la santé publique.
Face à cette situation, il est essentiel de trouver un équilibre entre la protection de la santé publique et le soutien aux secteurs industriels concernés. Les décisions à venir joueront un rôle crucial dans la gestion des risques associés à ces polluants éternels.