Lors de leur assemblée plénière qui s’est tenue à Lourdes le 24 mars 2026, les évêques français ont présenté un dispositif innovant destiné à accompagner les victimes mineures de violences sexuelles. Cette annonce intervient dans un contexte particulièrement délicat, marqué par la condamnation au civil de Mgr Jean-Michel di Falco, une figure médiatique de l’Église, pour des accusations de viols et d’agressions.
EN BREF
- Un nouveau dispositif d’accompagnement des victimes mineures a été annoncé par les évêques à Lourdes.
- Mgr Jean-Michel di Falco a été condamné à verser 200.000 euros pour des abus sexuels.
- Le dispositif vise à offrir un soutien de proximité et une équité dans les diocèses.
Le projet, intitulé Renaître, a été présenté par Gérard Le Stang, évêque d’Amiens, qui a précisé que l’initiative répond à l’urgence de l’accompagnement des victimes, surtout à l’approche de la fin du mandat de l’Inirr, l’instance de réparation créée en 2021. À partir du 1er septembre, toute personne souhaitant être entendue pourra se rapprocher des cellules d’écoute mises en place au sein des diocèses.
Ce nouveau dispositif se distingue par son approche décentralisée. Contrairement à l’Inirr, qui centralisait les demandes, les victimes pourront directement contacter des cellules d’écoute dans leur diocèse. Ces cellules les orienteront vers un réseau d’accompagnants, formés et vérifiés par un organisme national indépendant, afin d’assurer une prise en charge équitable à travers le pays. Mgr Le Stang a souligné l’importance de cette proximité : « C’est un réseau de proximité, pour permettre aux personnes d’être jointes au plus proche et en présentiel ».
Laurent Percerou, évêque de Nantes, a également noté qu’une personne ne souhaitant pas s’adresser à son diocèse pourra directement saisir l’instance nationale, une avancée significative pour garantir l’accès à l’aide.
Malgré ces annonces positives, des inquiétudes subsistent parmi les collectifs de victimes. Michèle Le Reun-Gaigné, présidente du collectif Ampaseo, a exprimé ses doutes, soulignant que les diocèses manquent souvent d’homogénéité dans leur approche. Elle a également critiqué le nom du dispositif, déclarant : « On ne renait pas d’un viol, on continue comme on peut ».
Concernant les réparations financières, celles-ci pourront être envisagées si la victime en fait explicitement la demande à la fin du processus. Chaque diocèse contribuera à un fonds destiné à financer ces réparations, dont les critères seront établis par l’organisme national.
Il convient de rappeler que l’Inirr a reçu 1.789 demandes en quatre ans, avec un montant moyen des réparations s’élevant à 37.000 euros l’an dernier. Mgr Le Stang a affirmé qu’il y avait un consensus sur la nécessité de poursuivre ce travail d’accueil de manière permanente.
Aujourd’hui, l’Église fait face à une réalité alarmante. Un rapport de la Ciase publié en octobre 2021 a révélé que 330.000 mineurs auraient été victimes de violences sexuelles au sein de l’institution. Cette situation dramatique a conduit l’Église à envisager des solutions durables, loin des réponses de crise que l’on a connues par le passé.
En parallèle, la condamnation de Mgr di Falco a ajouté une nouvelle dimension à cette problématique. Condamné à verser près de 200.000 euros à un homme l’accusant de viols et d’agressions sexuelles dans les années 1970, cette annonce a été faite alors que les évêques étaient réunis pour leur messe traditionnelle. Jean-Marc Aveline, président de la Conférence des Évêques de France, a répondu sobrement : « On prend acte ».
La récente condamnation de Mgr di Falco, qui a été porte-parole de la CEF entre 1987 et 1996, souligne la nécessité d’une prise de conscience au sein de l’Église face à ces graves allégations. Ce cas s’inscrit dans une série de condamnations d’évêques pour non-dénonciation de violences sexuelles, un sujet qui continue d’alimenter les débats sur la responsabilité de l’institution.
Face à ces défis, l’Église semble déterminée à donner une nouvelle orientation à son action, tout en gardant à l’esprit la nécessité de réparer et d’accompagner les victimes, dans l’espoir de rétablir la confiance au sein de la communauté et de prévenir de futures tragédies.