À La Havane, l’arrivée imminente d’une cargaison de pétrole en provenance de Russie suscite une certaine prudence parmi les Cubains. Dans un contexte de crise énergétique exacerbée par un blocus pétrolier américain, cette livraison pourrait-elle apporter un soulagement temporaire à l’île ?
EN BREF
- Un pétrolier russe, l’Anatoly Kolodkin, arrive avec 730.000 barils de brut.
- La cargaison ne suffira pas à résoudre la crise énergétique de Cuba.
- Les tensions diplomatiques entre Cuba, les États-Unis et la Russie perdurent.
Le pétrolier russe, l’Anatoly Kolodkin, devrait accoster au port de Matanzas d’ici mardi matin, marquant la première livraison de pétrole en près de trois mois pour Cuba. Miriam Joseph, fonctionnaire de 65 ans, a exprimé son espoir que cette cargaison soit d’une grande aide pour le pays, déjà fragilisé par des coupures d’électricité fréquentes.
Cependant, d’autres voix, comme celle de Raul Pomares, un jardinier de 56 ans, soulignent que cette arrivée n’est qu’une « goutte d’eau » face aux besoins considérables de l’île. Il évoque un geste symbolique, mais peu susceptible d’avoir un impact significatif sur la situation énergétique désastreuse que connaît Cuba.
La crise actuelle a été aggravée par l’arrêt des livraisons de pétrole du Venezuela, en raison de la capture de Nicolas Maduro par les États-Unis, et par les menaces américaines de sanctions contre tout pays fournissant du pétrole à Cuba. Ces circonstances ont conduit le Mexique à suspendre ses propres livraisons.
Dans ce contexte, le Kremlin a salué l’arrivée imminente du pétrolier. Dmitri Peskov, porte-parole de la présidence russe, a affirmé que la Russie se doit d’apporter son aide à Cuba. La question a été discutée avec Washington, qui a laissé entendre qu’il n’y aurait pas d’objection à cette livraison.
Donald Trump, ancien président américain, a également déclaré qu’il n’avait aucun problème si un pays souhaitait fournir du pétrole à Cuba, tout en émettant des critiques sévères sur la gouvernance cubaine. Il a traité les dirigeants cubains de « mauvais et corrompus », ajoutant que l’arrivée de pétrole ne changerait rien à la situation.
Pourtant, la porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, a précisé qu’il n’y avait pas de changement officiel dans la politique de sanctions américaine envers Cuba. Cette ambivalence souligne les tensions persistantes entre les États-Unis et Cuba, exacerbées par les enjeux géopolitiques régionaux.
En attendant l’arrivée de l’Anatoly Kolodkin, des discussions sont en cours au Mexique pour permettre aux entreprises privées d’acheter du carburant à Pemex, l’entreprise pétrolière nationale, afin de le revendre à des entités cubaines.
Une fois la cargaison arrivée, il faudra environ 15 à 20 jours pour raffiner le pétrole, suivi de 5 à 10 jours supplémentaires pour livrer les produits raffinés. Selon Jorge Piñon, expert en énergie, la cargaison pourrait être transformée en 250.000 barils de gazole, suffisant pour couvrir la demande de Cuba pendant environ 12 jours et demi.
Les autorités cubaines devront décider de la répartition de ce carburant entre les groupes électrogènes de secours et les moyens de transport essentiels à l’économie. La population, déjà soumise à des coupures d’électricité et à des pénuries alimentaires, exprime une frustration grandissante. Orlando Ocaña, un retraité de 76 ans, qualifie cette cargaison de « pansement » sur une plaie béante. « C’est un soulagement, mais pas la solution », conclut-il, illustrant ainsi l’incertitude qui règne sur l’avenir énergétique de Cuba.