Alors que Cuba subit de plein fouet une crise énergétique sans précédent, l’arrivée imminente d’un pétrolier russe suscite à la fois espoirs et scepticisme. Le navire, l’Anatoly Kolodkin, transportant 730 000 barils de brut, devrait atteindre l’île d’ici mardi matin. Ce sera la première livraison de pétrole depuis le début de l’année, alors que l’île fait face à un blocus pétrolier américain qui complique encore davantage la situation.
EN BREF
- Un pétrolier russe arrive à Cuba avec 730 000 barils de brut, la première livraison depuis janvier.
- La crise énergétique est aggravée par l’embargo américain et la suspension des livraisons du Venezuela.
- Les Cubains expriment des doutes sur l’impact réel de cette cargaison sur leur situation quotidienne.
Le président américain Donald Trump a permis cette livraison, évitant une confrontation directe avec Moscou tout en fournissant un certain répit à la population cubaine. Miriam Joseph, fonctionnaire de 65 ans, a exprimé son enthousiasme face à cette aide, la qualifiant de « grande aide compte tenu de la situation que traverse notre pays ». Toutefois, d’autres voix s’élèvent pour tempérer cet optimisme. Raul Pomares, un jardinier de 56 ans, a qualifié l’arrivée du pétrolier de « goutte d’eau » face aux besoins énormes de l’île.
Cuba, avec ses 9,6 millions d’habitants, traverse une grave crise énergétique qui perdure depuis des années. Les problèmes se sont intensifiés à la suite de la suspension des approvisionnements en pétrole en provenance du Venezuela, exacerbée par les sanctions américaines qui menacent tout pays fournissant du pétrole à Cuba. Cette situation a conduit le Mexique à arrêter ses livraisons, rendant le pays encore plus dépendant de l’aide extérieure.
Le Kremlin a salué l’arrivée de l’Anatoly Kolodkin, affirmant qu’il était de son devoir d’apporter un soutien à Cuba. Dmitri Peskov, porte-parole de la présidence russe, a noté que cette question avait été discutée avec Washington. Donald Trump a également déclaré qu’il n’y avait « aucun problème » à ce que des pays envoient du pétrole à Cuba, soulignant que les Cubains « doivent survivre ».
La situation à Cuba est délicate. La cargaison, une fois raffinée, pourrait donner environ 250 000 barils de gazole, ce qui suffirait à couvrir la demande du pays pendant environ douze jours et demi. Jorge Piñon, expert en énergie à l’Université du Texas à Austin, a précisé qu’il faudrait entre 15 et 20 jours pour raffiner le pétrole, suivi de 5 à 10 jours supplémentaires pour livrer les produits raffinés.
Cependant, les attentes des Cubains sont mitigées. Orlando Ocaña, un retraité de 76 ans, a décrit cette livraison comme un « pansement » sur une plaie béante. Bien que cela puisse apporter un soulagement temporaire, il est conscient que cela ne résoudra pas les problèmes structurels auxquels Cuba est confrontée. Les coupures de courant fréquentes et les pénuries de nourriture, de médicaments et d’autres biens essentiels alimentent un sentiment de frustration grandissant au sein de la population, qui a commencé à exprimer son mécontentement à travers des manifestations sporadiques.
Alors que l’Anatoly Kolodkin approche des côtes cubaines, la question demeure : cette cargaison de pétrole russe suffira-t-elle à redresser une économie déjà affaiblie ? Pour l’heure, les Cubains attendent avec impatience, mais aussi avec une prudente résignation, l’impact réel de cette livraison sur leur quotidien.