Vingt-quatre ans après la mort tragique de Mika Kusama, une touriste japonaise dont le corps a été retrouvé sur l’île des Pins, la justice en Nouvelle-Calédonie a décidé de rouvrir l’enquête. Cette décision a été confirmée par Yves Dupas, procureur de la République de Nouméa, qui a exprimé son intention d’élucider cette affaire longtemps marquée par des zones d’ombre.
EN BREF
- L’enquête sur le meurtre de Mika Kusama, rouvert après 24 ans, soulève d’anciennes questions.
- Deux hommes, acquittés en 2009, avaient été initialement accusés sans preuves solides.
- Une agression récente à l’île des Pins relance les tensions et l’intérêt pour l’affaire.
Mika Kusama, âgée de 29 ans, avait disparu le 2 mai 2002. Son corps, découvert le 6 mai, avait été dissimulé sous des cailloux sur le « rocher de Kanumera », un lieu emblématique de l’île. À l’époque, l’affaire avait suscité une vive émotion, surtout parmi la communauté japonaise, un pilier essentiel du tourisme local.
Deux frères, Ambroise et Antoine Konhu, avaient été arrêtés peu après la découverte du corps. Bien qu’ils aient toujours nié toute implication, ils ont passé plusieurs années en détention provisoire. En 2009, Antoine a été acquitté en appel, après une première condamnation à 15 ans de prison, tandis qu’Ambroise avait été acquitté lors du premier procès. Leur acquittement a laissé de nombreuses questions sans réponse, notamment en raison du manque de preuves ADN.
La réouverture de l’enquête intervient dans un contexte de tension renouvelée sur l’île des Pins, où une agression récente a été liée à l’affaire. Une personne aurait été contrainte à monter à bord d’une embarcation, la tête recouverte d’un sac, avant d’être abandonnée en mer. Cette situation a ravivé les inquiétudes et les souvenirs douloureux des habitants, qui évoquent la possibilité d’une omerta entourant les événements de 2002.
Marie-Laure Fauche, avocate d’Ambroise Konhu, a dénoncé les dysfonctionnements de l’enquête initiale, qualifiant celle-ci de « gabegie » avec une scène de crime mal préservée et des pistes négligées. De son côté, Frédéric De Greslan, avocat des parents de la victime, a exprimé son souhait de voir ce dossier rouvert chaque fois qu’un nouveau procureur est nommé, soulignant que de nombreuses personnes sur l’île connaissent la vérité mais restent silencieuses par crainte des représailles.
Ce rebondissement est perçu comme un espoir pour la famille de Mika Kusama et pour les habitants de l’île, qui aspirent à la vérité. Marie-Hélène Konhu, belle-soeur des frères Konhu, a partagé ses pensées, évoquant la douleur persistante de cette tragédie et la promesse qu’elle a faite à la mère de Mika de ne jamais oublier son histoire.
Alors que chaque 2 mai, date de la disparition de la jeune femme, est commémoré par un geste symbolique sur le rocher où son corps a été retrouvé, la réouverture de l’enquête pourrait offrir une opportunité d’apaiser les blessures et de rendre justice à Mika Kusama et à sa famille.