Dans un contexte économique où la maîtrise des moyens de paiement devient cruciale pour la souveraineté nationale, le réseau français Carte Bancaire (CB) cherche à se positionner comme un acteur incontournable face aux géants américains Visa et Mastercard. Le président Emmanuel Macron a récemment souligné l’importance de cette initiative lors d’un sommet du groupement CB, affirmant que le contrôle des paiements est essentiel pour la sécurité et la continuité de l’économie française.
EN BREF
- Le réseau CB représente 80% des transactions en France, mais a perdu du terrain.
- Des projets d’intégration avec des systèmes de paiement européens sont en cours.
- Le développement de l’euro numérique pourrait renforcer la souveraineté monétaire.
Créé en 1984, le groupement d’intérêt économique Cartes Bancaires (GIE CB) est considéré comme unique en Europe, représentant une part significative des transactions financières dans le pays. Emmanuel Macron a affirmé que la maîtrise des moyens de paiement est essentielle pour garantir l’indépendance économique : « Renoncer à maîtriser les paiements, ce serait accepter que le cœur de notre transaction dépende d’acteurs qui ne sont pas forcément alignés avec nous », a-t-il déclaré.
Pourtant, malgré sa domination historique avec 77 millions de cartes en circulation, le réseau CB a vu sa part de marché diminuer, tombant à 63,6% au second semestre 2025, bien loin des près de 90% atteints en 2021. Cette baisse est en partie due à l’essor des paiements mobiles et à l’impact des cartes « Visa only » commercialisées par certaines banques, qui ne sont pas co-brandées avec CB.
Néanmoins, des signes de redressement émergent. Le retour des cartes cobadgées chez BPCE et l’intégration de CB avec des systèmes de paiement comme Apple Pay ont contribué à cette légère reprise. Gérald Grégoire, président du GIE CB, a annoncé que la tendance se poursuit en 2026 avec l’intégration de nouveaux moyens de paiement tels que Samsung Pay et Google Pay, ainsi qu’une initiative européenne de virement, Wero Pay.
Martina Weimert, à la tête de l’European Payments Initiative (EPI), a souligné que l’objectif de l’intégration des cartes est de couvrir l’ensemble des usages clients, y compris le paiement des factures à l’échelle européenne. Cette démarche vise à rendre la solution CB incontournable dans un paysage financier en mutation.
Un autre développement majeur se profile à l’horizon : l’euro numérique, une version dématérialisée de la monnaie attendue pour 2029, soutenue par la Banque Centrale Européenne (BCE). Bien que prometteuse, cette initiative suscite des inquiétudes parmi les banques privées qui craignent pour leur modèle économique. Philippe Laulanie, directeur général du GIE CB, a reconnu que l’intégration de l’euro numérique est inévitable, mais que cela ne constitue pas une priorité immédiate pour le réseau CB.
Emmanuel Macron a insisté sur la nécessité de renforcer la souveraineté monétaire en articulant intelligemment l’action des banques centrales, des États et des acteurs financiers. « Nous avons une opportunité historique de compléter nos infrastructures financières dans une architecture cohérente, résiliente et pleinement européenne », a-t-il conclu.
En somme, la bataille pour les paiements en Europe est loin d’être terminée. Les acteurs français, à travers le réseau CB, se préparent à relever le défi face à Visa et Mastercard, tout en intégrant de nouvelles solutions qui pourraient transformer le paysage des transactions financières en Europe.