Les Ordres de santé sous enquête : des pratiques financières controversées mises en lumière

Les Ordres de santé, qui supervisent les professions médicales telles que les médecins, les pharmaciens et les dentistes, se retrouvent au cœur d’une enquête de l’Inspection générale des finances (IGF). Cette investigation met en avant des pratiques de gestion financière et disciplinaire jugées douteuses, suscitant des préoccupations au sein des pouvoirs publics.

EN BREF

  • Les Ordres de santé sont accusés de dysfonctionnements financiers graves.
  • La ministre de la Santé exige des réformes rapides et un plan d’action structurant.
  • Des mesures concrètes seront mises en œuvre dès mai 2026.

La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a qualifié les révélations de l’IGF de “graves”, nécessitant des réponses immédiates et une transformation profonde des pratiques en cours. Son engagement est clair : “Nous irons jusqu’au bout pour garantir que les ordres professionnels remplissent pleinement leur mission de protection des patients et des praticiens”.

Les médecins, pharmaciens et dentistes sont tenus de s’acquitter d’une cotisation annuelle pour pouvoir exercer, une obligation que beaucoup remettent en question. Par exemple, la cotisation des médecins s’élève à 365 euros pour l’année 2026.

Le rapport de l’IGF mentionne également un signalement au procureur de la République concernant l’Ordre des médecins de Paris et d’autres ordres dans la capitale. Il fait état d’indemnités et de défraiements mal justifiés, de dépenses démesurées, ainsi que d’une gestion insuffisante des ressources et du patrimoine.

Des manquements préoccupants

Les manquements relevés par l’IGF sont alarmants. Les dysfonctionnements dans l’exercice des missions disciplinaires sont particulièrement préoccupants. Des signalements de comportements inappropriés, y compris des condamnations pénales, n’ont pas été traités de manière adéquate, souvent avec des délais inacceptables.

Pour l’Ordre des médecins de Paris, la ministre a même évoqué la possibilité d’une dissolution, une mesure rare qui a déjà été appliquée par le passé pour d’autres instances. Cette dissolution vise à renouveler entièrement le conseil ordinal lorsque les dysfonctionnements entravent son bon fonctionnement.

Le ministère de la Santé a également annoncé le lancement d’un plan d’action structurant destiné à corriger rapidement les problèmes identifiés et à réformer de façon durable le cadre d’intervention des ordres. Ce plan prévoit des premières mesures concrètes dès le mois de mai 2026 pour les ordres concernés par l’inspection.

Investigation et réformes à venir

Les résultats des inspections menées par l’IGF seront suivis d’un contrôle élargi à l’ensemble des ordres professionnels de santé par l’Inspection générale des affaires sociales (Igas). Des pratiques discutables, telles que des dépenses injustifiées pour des bouteilles de vin et de champagne, ont été signalées, ainsi que des remboursements de frais sans justificatifs.

Le rapport a également mis en lumière des lacunes dans le traitement des plaintes et la gestion des condamnations de praticiens. Un cas particulièrement marquant concerne un médecin condamné pour des propositions sexuelles à un mineur, qui était encore inscrit comme praticien à la fin de l’année 2025.

En réaction, le Conseil national des médecins a reconnu la gravité des manquements et a souligné qu’il avait déjà commencé un processus de modernisation et de réformes structurelles depuis juin 2025. Toutefois, ces évolutions nécessiteront des modifications réglementaires et législatives, et leur mise en œuvre dépendra également de la réactivité des pouvoirs publics.

L’enquête en cours et les mesures annoncées soulignent l’importance d’une gouvernance transparente et responsable au sein des ordres de santé. Les professionnels de santé et les patients attendent des réponses claires et des actions concrètes pour restaurer la confiance dans ces institutions.