Le 31 janvier 2024, au tribunal correctionnel de Paris, une journaliste de France Télévisions a accusé le rappeur Booba de l’avoir « jetée en pâture » à sa « meute » numérique. Cette accusation fait suite à une vague de cyberharcèlement raciste et sexiste dont elle a été victime après que Booba ait relayé des messages sur le réseau X, rassemblant plus de 6 millions d’abonnés.
EN BREF
- Une journaliste accuse Booba de harcèlement en ligne suite à des messages sur X.
- La procureure a requis 8 mois de prison avec sursis et 30.000 euros d’amende.
- Booba, absent au tribunal, plaide la responsabilité de sa « meute ».
La procureure Quitterie Cesari a demandé une peine de huit mois de prison avec sursis, ainsi qu’une amende de 30.000 euros et un stage de sensibilisation à la lutte contre la haine en ligne. Cette demande s’inscrit dans le cadre de l’affaire qui a pris de l’ampleur après qu’un article de fact-checking, rédigé par Linh-Lan Dao, ait mis en lumière les théories complotistes évoquées par Booba en janvier 2024.
Booba, de son vrai nom Elie Yaffa, n’était pas présent lors de cette audience, invoquant des raisons de santé. Son avocate, Me Marie Roumiantseva, a plaidé pour sa relaxe, expliquant que l’artiste était souffrant. Le tribunal doit rendre sa décision le 2 juin prochain.
Linh-Lan Dao a détaillé l’ampleur du harcèlement qu’elle a subi après la diffusion des messages de Booba. Elle a déclaré : « J’estime avoir été jetée en pâture par M. Yaffa à ses 6 millions d’abonnés, tout ça parce que j’ai fait mon travail. » Elle a cité des centaines de tweets à caractère sexiste, raciste et dénigrant, témoignant de l’impact que cet épisode a eu sur sa vie personnelle et professionnelle.
Lors de son audition, Linh-Lan Dao a évoqué des tweets qui l’identifiaient avec des images dévalorisantes, ainsi qu’une allusion raciste à la cuisine au wok. « Ces messages ont déclenché plusieurs semaines de cyberharcèlement », a-t-elle ajouté, soulignant la responsabilité que l’on peut avoir en tant qu’influenceur sur les réseaux sociaux.
Booba, en garde à vue, a plaidé l’humour et a déclaré ne pas se sentir responsable des actions de ses abonnés. « Quand on a six millions d’abonnés, on a une certaine responsabilité », a insisté Linh-Lan Dao, contredisant la défense de Booba qui minimise l’impact de ses messages. Son avocate a également souligné la gravité des actes de Booba, affirmant que la justice doit protéger les journalistes contre la haine en ligne.
Au cours de l’audience, d’autres messages de Booba visant des personnalités comme Tristan Mendès France ont été examinés. Ce dernier, essayiste et spécialiste de la « complosphère », a apporté son soutien à Linh-Lan Dao sans se constituer partie civile. Malgré cela, le parquet a décidé de poursuivre Booba pour ces actes et a demandé une amende de 20.000 euros.
Booba a notamment partagé des messages contenant des insinuations dégradantes accompagnées de photos provocatrices, renforçant ainsi la perception d’une intention malveillante. Son avocate a tenté de défendre son client en affirmant que les tweets n’étaient pas antisémite et que Booba ne pouvait être tenu responsable des actions de ses abonnés.
Le procès met en lumière des questions cruciales concernant la responsabilité des influenceurs sur les réseaux sociaux et les effets du harcèlement en ligne. L’issue de cette affaire pourrait avoir des répercussions significatives sur la manière dont la justice aborde les cas de cyberharcèlement et la protection des journalistes.