Booba jugé pour harcèlement en ligne : huit mois de prison avec sursis requis

Le rappeur Booba, figure emblématique du rap français, a été jugé le 1er avril 2024 au tribunal correctionnel de Paris pour des accusations de harcèlement en ligne et injures à caractère racial à l’encontre de Linh-Lan Dao, journaliste à franceinfo. L’artiste, qui compte plus de 6 millions d’abonnés sur le réseau social X, ne s’est pas présenté à l’audience, invoquant des raisons de santé.

EN BREF

  • Booba jugé pour harcèlement en ligne et injures racistes envers Linh-Lan Dao.
  • La procureure a requis huit mois de prison avec sursis et 30 000 euros d’amende.
  • La décision sera rendue le 2 juin 2024.

Lors de l’audience, Linh-Lan Dao a expliqué comment Booba l’avait « jetée en pâture » à sa vaste base de fans sur X, provoquant une vague de cyberharcèlement. L’incident remonte à janvier 2024, lorsqu’elle a publié un article de fact-checking qui critiquait Booba pour ses déclarations erronées sur les vaccins contre le Covid-19 et leur lien supposé avec la maladie de Creutzfeldt-Jakob.

La procureure, Quitterie Cesari, a plaidé pour une peine sérieuse, soulignant l’impact de la campagne de dénigrement orchestrée par Booba. Elle a requis, en plus de la peine de prison, un stage de lutte contre la haine en ligne. Le jugement, qui sera rendu le 2 juin, pourrait marquer un tournant dans la lutte contre le cyberharcèlement et l’impunité de certains influenceurs sur les réseaux sociaux.

Au tribunal, Linh-Lan Dao a décrit des messages particulièrement dégradants et racistes, dont certains l’identifiaient avec des images humiliantes. « J’ai été exposée à une meute de six millions de personnes, simplement parce que j’ai accompli mon travail », a-t-elle déploré. Ce harcèlement, selon elle, a eu des conséquences notables sur sa santé mentale et sa carrière.

En réponse à ces accusations, Booba, de son vrai nom Elie Yaffa, a plaidé la légèreté et a tenté de minimiser son rôle en affirmant qu’il ne pouvait pas être tenu responsable des réactions de ses abonnés. Son avocate, Marie Roumiantseva, a demandé sa relaxe, arguant que le rappeur ne pouvait pas être responsable des actes de ses fans.

Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large, alors que le parquet a également annoncé des poursuites contre Booba pour un autre cas de harcèlement moral en ligne, cette fois-ci visant Magali Berdah, une influenceuse bien connue. Ces incidents soulèvent des questions sur la responsabilité des personnalités publiques dans la gestion de leur influence en ligne.

Les messages de Booba à l’encontre de Linh-Lan Dao et d’autres cibles, comme Tristan Mendès France, un essayiste qui a soutenu la journaliste, ont été examinés. Le parquet a requis une amende de 20 000 euros pour ces injures. Linh-Lan Dao a insisté sur le fait que la portée de l’influence de Booba exigeait qu’il assume ses responsabilités.

Dans un climat où le harcèlement en ligne devient de plus en plus préoccupant, ce procès met en lumière les défis auxquels sont confrontés les journalistes et les voix critiques face à des figures publiques puissantes. L’issue du jugement pourrait également influencer la manière dont les lois sur la haine en ligne sont appliquées à l’avenir.

Alors que le tribunal attend de rendre sa décision dans quelques mois, cette affaire rappelle l’importance de protéger l’intégrité des journalistes et de veiller à ce que des conséquences soient mises en place pour ceux qui incitent à la haine sur les réseaux sociaux.