Les manipulations de la traduction de l’interview de Lavrov par France 2

Le 26 mars 2023, le journal de 20 heures de France 2 a diffusé un extrait de l’interview de Sergueï Lavrov, ministre des Affaires étrangères russe, qui a suscité de vives réactions. Dans cette séquence de dix minutes, Léa Salamé interrogeait Lavrov en direct de Moscou. Cependant, l’intégralité de l’entretien, d’une durée d’une heure et une minute, avait été mise en ligne par France Info, conformément à une exigence du ministère russe. Ce dernier a également publié la version complète sur sa chaîne YouTube, accompagnée du script en français sur son site.

EN BREF

  • Diffusion d’un extrait d’interview de Lavrov sur France 2
  • Manipulations constatées dans la traduction russe des questions
  • Des propos modifiés pour servir la propagande du Kremlin

La diffusion de l’interview a rapidement révélé des incohérences dans la traduction des questions de Léa Salamé, comme l’ont signalé nos confrères de France Info. Dans la version originale, la journaliste aborde la situation en Ukraine et interroge Lavrov sur son soutien à l’Iran, mais la traduction russe déforme ses questions pour en faire des affirmations flatteuses envers le ministre.

Par exemple, la question initiale de Léa Salamé, demandant pourquoi Lavrov n’avait pas défendu plus fermement l’Iran face à l’offensive israélo-américaine, est transformée dans la version russe en une affirmation selon laquelle Lavrov a beaucoup défendu son allié. Ce glissement sémantique souligne la volonté d’orienter le discours vers une narration favorable au Kremlin.

Les distorsions ne s’arrêtent pas là. Dans une autre question, Salamé évoque les déclarations d’Antonio Guterres, le secrétaire général de l’ONU, qui a appelé à mettre fin aux hostilités. La traduction russe modifie cette déclaration en présentant une demande unilatérale aux États-Unis et à Israël, minimisant ainsi le contexte plus large des propos de Guterres.

Lorsque Salamé aborde la situation en Ukraine, le terme « guerre » est systématiquement remplacé par « opération militaire spéciale », un euphémisme utilisé par le Kremlin pour minimiser la gravité de l’invasion. De plus, les questions concernant les pertes civiles sont déformées, réduisant le nombre de victimes à des proportions ridicules, comme le passage d’un bilan de « dizaines de milliers » de morts à « centaines » dans la version russe.

Ces manipulations linguistiques visent clairement à façonner un récit qui sert les intérêts russes. Par exemple, une autre intervention de Léa Salamé, où elle demande à Lavrov s’il assume les pertes civiles, est transformée en une question plus vague sur les objectifs militaires. Cela reflète une tendance inquiétante dans la manière dont le discours politique est adapté pour servir des fins de propagande.

La dernière partie de l’interview révèle également des modifications notables, où des phrases inventées sont attribuées à Léa Salamé, comme « je vous comprends », créant une impression d’accord avec Lavrov. Ces pratiques soulèvent des questions éthiques sur la manière dont les médias peuvent être manipulés pour véhiculer un message particulier.

En somme, cette affaire met en lumière les dangers de la désinformation à travers des traductions biaisées, et le rôle crucial que jouent les médias dans la formation de l’opinion publique. La nécessité de garantir une information transparente et fidèle devient plus pressante que jamais dans le climat actuel de tensions géopolitiques.