A mille mètres sous terre, les mineurs polonais s’affairent à l’extraction de minerais riches en cuivre et en argent, deux ressources essentielles à la transformation technologique actuelle. Cette activité s’inscrit dans un contexte de forte demande mondiale, alimentée par l’essor de l’intelligence artificielle et les besoins croissants du secteur de la défense.
EN BREF
- La Pologne, acteur majeur dans l’extraction de cuivre et d’argent, répond à une demande mondiale en forte hausse.
- KGHM, le géant polonais des métaux, produit 40 à 50 % du cuivre européen.
- La dépendance au cuivre est croissante dans de nombreux secteurs, allant de l’électronique à l’énergie renouvelable.
Le minerai extrait à la mine de Polkowice‑Sieroszowice, gérée par KGHM, est considéré comme un trésor pour l’avenir. Ariel Wojciuszkiewicz, géologue au sein de la mine, souligne l’importance de ces métaux pour les équipements électroniques, les voitures électriques et les installations d’énergies renouvelables. « Ce sont les métaux du futur », insiste-t-il, tout en rappelant que le cuivre est souvent qualifié de « baromètre du développement économique ».
KGHM, deuxième producteur mondial d’argent et un des principaux fournisseurs de cuivre en Europe, joue un rôle central dans ce marché. En 2025, l’entreprise a extrait 710 000 tonnes de cuivre et 1 347 tonnes d’argent, générant plus de 36 milliards de zlotys de revenus, soit environ 8,4 milliards d’euros. La mine fonctionne en continu, 24 heures sur 24, dans un environnement bruyant et exigeant.
Les projections de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement révèlent que la demande mondiale en cuivre pourrait augmenter de plus de 40 % d’ici 2040. Pour répondre à cette demande, il faudrait envisager l’ouverture de 80 nouvelles mines et des investissements de 250 milliards de dollars d’ici 2030. L’Agence internationale de l’énergie alerte également sur un possible déficit de 30 % de la demande d’ici 2035.
Dans le secteur automobile, la consommation de cuivre a considérablement évolué. Piotr Krzyzewski, vice-président de KGHM, souligne qu’une voiture électrique contient environ 80 kg de cuivre, contre seulement 20 kg pour une voiture traditionnelle. De plus, une éolienne peut nécessiter jusqu’à dix tonnes de cuivre par mégawatt.
À la fonderie de Głogów, le processus de transformation du minerai est impressionnant. Les ouvriers, vêtus de combinaisons de protection, ouvrent de grands fours où le minerai est fondu à 1 200 °C. Les plaques de cuivre pur, pesant plus de 100 kilos, sont ensuite expédiées aux quatre coins du monde.
Le marché du cuivre a connu une forte hausse, atteignant un sommet historique de 14 527,50 dollars la tonne en janvier 2026, soutenu par l’augmentation des prix de l’or et de l’argent. Malgré les turbulences économiques, le prix du cuivre reste supérieur à 12 000 dollars la tonne, ce qui témoigne de la robustesse de ce secteur.
Ce contexte met en lumière l’importance stratégique des ressources minérales polonaises pour la sécurité énergétique de l’Europe. « Notre rôle n’est plus seulement de garantir l’approvisionnement de la Pologne, mais celui de l’ensemble du continent », déclare M. Krzyzewski. KGHM dispose encore de ressources estimées à au moins 40 ans, sans compter les nouvelles explorations en cours.
Cependant, l’extraction minière n’est pas sans défis. La consommation d’eau nécessaire à ce processus pose des questions, surtout face aux effets du réchauffement climatique qui augmentent les risques de sécheresse. Les enjeux environnementaux devront donc être pris en compte pour garantir la durabilité des activités minières à long terme.