Irlande : un revenu de base pour artistes transforme la création culturelle

En Irlande, un programme novateur de revenu de base pour les artistes permet à de nombreux créateurs de se concentrer sur leur art sans les inquiétudes financières habituelles. Mis en place par le gouvernement irlandais, cette initiative, qui a débuté en 2022, continue d’attirer l’attention et de susciter l’intérêt au-delà des frontières du pays.

EN BREF

  • Un revenu de base de 325 euros par semaine soutient 2.000 artistes en Irlande.
  • Le dispositif, initialement temporaire, devient permanent et suscite l’intérêt d’autres pays.
  • Les bénéficiaires constatent une augmentation de leur productivité et une réduction de leur anxiété.

Le cinéaste et écrivain Seanan Kerr, l’un des bénéficiaires de ce dispositif, exprime son étonnement face à une telle initiative. Dans son atelier à Dublin, il décrit ce revenu comme « presque incroyable », lui permettant de se libérer de l’angoisse liée aux fins de mois. Ce revenu de base, garanti et sans conditions, est versé depuis 2022 à environ 2.000 artistes, dans un contexte où le secteur culturel a été durement touché par la pandémie de Covid-19.

Le ministre irlandais de la Culture, Patrick O’Donovan, souligne l’importance de cette mesure, qui fait de l’Irlande un modèle en matière de soutien aux artistes. Selon lui, cette initiative reconnaît le rôle essentiel des arts dans la société, surtout en période de crise. Au-delà des frontières, des pays comme l’Allemagne et la Finlande montrent un intérêt croissant pour ce modèle.

Ce revenu de base a été conçu pour répondre à une réalité difficile : les artistes en Irlande font face à des défis financiers importants. En effet, des données révèlent que les artistes ont trois fois plus de risques de vivre dans la précarité par rapport à d’autres professions. Cette aide financière, supérieure à l’allocation chômage moyenne, a permis d’améliorer la productivité et de réduire le stress chez les bénéficiaires.

Environ 18 millions d’euros sont prévus pour financer l’extension de ce programme, qui permettra d’inclure 2.000 nouveaux artistes à partir de septembre. Les candidats seront sélectionnés par tirage au sort, une méthode qui suscite des critiques, notamment de la part de Caelainn Hogan, une autrice de 37 ans. Elle exprime ses inquiétudes quant à la précarité de ce soutien et déplore le système à deux vitesses qui en découle.

Hogan, qui a récemment appris qu’elle attendait un enfant, a reçu son dernier versement en février et prévoit de participer à nouveau au tirage au sort. Elle souligne que même si elle réussissait à obtenir ce revenu, il ne s’agirait que d’un soutien temporaire, ce qui l’inquiète pour l’avenir de sa carrière artistique.

Dans un autre atelier, Kieran Guckian, un peintre paysagiste de 42 ans, fait part de son enthousiasme à l’idée de pouvoir postuler pour ce revenu. Pour lui, cela signifie pouvoir libérer du temps pour créer, sans être contraint de multiplier les petits boulots. Cette aide est perçue par beaucoup de créateurs comme une véritable bouffée d’air frais, leur permettant de se concentrer sur leur passion.

Le programme a également un impact sur la perception du statut d’artiste en Irlande. Day Magee, artiste visuel de 33 ans, témoigne de la manière dont ce revenu lui a permis d’organiser sa première exposition. Cette aide contribue à créer un climat de créativité où les artistes peuvent se concentrer pleinement sur leur travail sans le poids de l’incertitude financière.

Malgré ces succès, des voix s’élèvent pour rappeler qu’un tel soutien ne peut être une solution durable sans un engagement à long terme. Carla Rogers, de l’organisation National Campaign for the Arts (NCFA), évoque l’importance d’un soutien permanent pour tous les artistes éligibles. Elle souligne qu’un investissement dans les arts génère des bénéfices sociaux, économiques et culturels significatifs.

Pour conclure, ce revenu de base pour les artistes en Irlande représente un pas audacieux vers la reconnaissance et le soutien des professions créatives. Alors que le programme prend de l’ampleur, il reste à voir comment il évoluera et s’il pourra répondre aux besoins d’un secteur toujours en quête de stabilité.