Le Salvador traverse une période tumultueuse, marquée par des procès collectifs controversés. Ces derniers mois, des milliers de personnes ont été arrêtées dans le cadre d’une guerre contre les gangs lancée par le président Nayib Bukele. Parmi elles, beaucoup sont des innocents qui se retrouvent condamnés aux côtés de véritables criminels, provoquant ainsi une profonde inquiétude au sein de la population.
EN BREF
- Des milliers de détenus innocents jugés dans des procès collectifs.
- Une législation controversée permet des condamnations sans preuves solides.
- Des ONG dénoncent des violations des droits humains et une justice défaillante.
La situation est particulièrement tragique pour des familles comme celle de Gladis Villatoro, dont le fils, Williams Diaz, est emprisonné depuis plus de trois ans sans preuve tangible de culpabilité. Lors d’un entretien avec l’AFP, elle a exprimé son désespoir : « Il est innocent et il va être jugé avec des criminels ». Son fils, technicien en climatisation de 35 ans, est accusé d’appartenir au gang Barrio 18, sans avoir de casier judiciaire, selon les proches et les documents en leur possession.
Cette réalité est partagée par de nombreuses familles au Salvador. Le cas de Reynaldo Santos, dont le fils Jonathan est l’un des 8.000 accusés en attente de procès, illustre cette angoisse. Il décrit la situation comme une “roulette russe”, où chaque comparution en justice pourrait entraîner une nouvelle incarcération. Jonathan a été arrêté en 2022 alors qu’il jouait à un jeu vidéo, considéré par les autorités comme lien avec le monde du crime.
Des poursuites de masse et des abus de pouvoir
Le parquet général a annoncé sa volonté d’inculper 3.000 personnes dans le premier trimestre de l’année, dans le cadre de ce système judiciaire qui privilégie la responsabilité collective. Le vice-président Félix Ulloa a défendu cette approche, arguant que cela permettrait de mieux s’attaquer aux réseaux criminels. Cependant, de nombreux avocats dénoncent une présomption de culpabilité, où les accusés sont souvent regroupés sans preuve concrète.
Les récentes réformes législatives sur le crime organisé ont également été critiquées. Elles ont supprimé l’audience d’examen des preuves, transformant le procès en une simple formalité. Les accusés, souvent vêtus d’uniformes blancs, assistent à des procès qui se déroulent virtuellement dans des salles de tribunal, sans véritable opportunité de défense. Comme l’indique un avocat, ces procès sont devenus « une usine à condamner en masse ».
Les témoignages des détenus, souvent recueillis dans des conditions douteuses, soulèvent des inquiétudes quant à la fiabilité des preuves. Les avocats rapportent que des membres de gangs, témoignant sous couvert d’anonymat, incriminent d’autres sans preuves tangibles, aggravant ainsi le risque d’erreurs judiciaires.
Un contexte de violations des droits humains
Les ONG, telles que Human Rights Watch, ont alerté sur les violations des droits fondamentaux dans le cadre de cette politique de répression. Des allégations de traitements inhumains, de mauvais traitements en prison et de décès inexpliqués sont rapportées. Selon les estimations, environ 500 décès ont eu lieu dans les établissements pénitentiaires, tandis que les arrestations se multiplient, souvent basées sur des dénonciations anonymes ou des querelles de voisinage.
Gladis Villatoro, qui a pris des mesures pour engager un avocat pour son fils, se dit accablée par le poids de cette situation. Elle évoque l’insuffisance rénale dont souffre Williams, ce qui rend sa détention encore plus préoccupante. Les familles se retrouvent souvent dans l’incapacité de fournir une défense adéquate, avec des avocats commis d’office débordés et des informations limitées sur les dossiers de leurs clients.
Les témoignages de proches, comme celui de M. Santos, illustrent l’angoisse et la détresse des familles touchées par cette vague de répression. « Nous aimerions que ce cauchemar se termine », déclare-t-il, exprimant le désir de voir son fils bénéficier d’un procès équitable.
À l’heure actuelle, la popularité de Nayib Bukele reste forte en raison des promesses de sécurité qu’il a faites. Toutefois, les conséquences de sa stratégie sur la justice et les droits humains soulèvent un besoin urgent de réévaluation de ces mesures, afin de protéger les innocents et de garantir un véritable accès à la justice.