Le Caire sous couvre-feu : la crise énergétique impacte la vie nocturne

La ville du Caire, connue pour son animation nocturne, subit actuellement des restrictions drastiques en raison de la crise énergétique exacerbée par le conflit au Moyen-Orient. Le couvre-feu commercial imposé par les autorités égyptiennes a bouleversé les habitudes des habitants, limitant les heures d’ouverture des commerces et transformant les soirées autrefois animées en moments de calme forcé.

EN BREF

  • Un couvre-feu impose la fermeture des commerces à 21 heures, impactant la vie nocturne.
  • Les restrictions touchent de nombreuses petites entreprises, réduisant leurs revenus.
  • La crise énergétique, aggravée par le conflit, entraîne une inflation et une dévaluation de la monnaie égyptienne.

Au cœur de cette situation, Abou Ali, un retraité de 63 ans, se remémore les nuits animées passées à jouer aux dominos dans un café du centre-ville. « D’habitude, je reste ici jusqu’à 2 heures du matin, maintenant, je suis chez moi au plus tard à 23 heures, juste pour regarder les infos », témoigne-t-il. Ce changement brutal dans le quotidien des Cairotes est le résultat d’un arrêté gouvernemental qui impose une fermeture anticipée des commerces afin de faire face à la hausse des prix de l’énergie.

Les mesures, qui s’étendent sur un mois, obligent les magasins à fermer à 21 heures en semaine et à 22 heures le week-end. Bien que le gouvernement ait prévu une légère assouplissement pour la Pâque copte, la vie nocturne du Caire, qui a toujours été réputée pour son effervescence, est désormais figée. Les rues, autrefois animées par des discussions, des dîners et des achats, sont désormais marquées par le silence et l’obscurité.

Les patrouilles de police veillent au respect des nouvelles règles, limitant encore davantage l’activité nocturne. « D’habitude, c’est à cette heure-ci que le travail commence », confie Ali Haggag, un vendeur de vêtements, qui voit son chiffre d’affaires chuter de plus de la moitié. D’autres, comme Essam Farid, restent cependant optimistes, espérant que la population s’adaptera à cette nouvelle réalité.

Les autorités égyptiennes justifient ces restrictions par la dépendance du pays aux importations de carburant, dont les coûts ont explosé depuis le début de la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran. Le Premier ministre Moustafa Madbouly a indiqué que la facture d’importation d’énergie a plus que doublé en quelques mois, atteignant 2,5 milliards de dollars par mois. Cette situation a également conduit à une perte de valeur significative de la livre égyptienne, ainsi qu’à une inflation atteignant 13,6 % en mars.

Les conséquences des couvre-feux sont particulièrement sévères pour les petites entreprises et l’économie informelle, qui représente environ deux tiers des emplois en Égypte. Les fermetures anticipées affectent gravement leurs revenus, alors que de nombreux commerçants dépendent de l’affluence nocturne pour maintenir leur activité. Un économiste, Wael el-Nahas, souligne que « réduire les horaires, c’est réduire les revenus » pour des millions de petites entreprises.

Le secteur du divertissement, en particulier, est durement touché. Les cinémas, qui dépendent largement des projections de soirée, ont enregistré une chute de plus de 60 % de leurs revenus. Le producteur Gaby Khoury mentionne que « la majeure partie des recettes provient des séances de 21 heures et de minuit, c’est catastrophique. » Des sorties de films ont été reportées, et les productions cinématographiques sont désormais dans l’incertitude.

Quant au secteur touristique, qui avait commencé à se redresser après des années de crise, il redoute un nouveau revers. Les sites historiques du Caire, comme le célèbre souk de Khan el-Khalili, ne bénéficient pas des exemptions accordées aux établissements touristiques. Les commerçants, confrontés à des horaires serrés, témoignent de leur frustration face à une situation qui compromet leur subsistance.

Alors que la capitale égyptienne s’adapte à ces nouvelles contraintes, les défis économiques et sociaux se multiplient. La crise énergétique, couplée aux restrictions imposées par le gouvernement, pourrait bien redéfinir la vie nocturne du Caire pour les mois à venir, laissant les habitants dans l’incertitude quant à l’avenir de leur ville.