Mercredi, le tribunal d’Ajaccio a rendu son verdict dans une affaire d’incendie criminel qui a touché des établissements liés à Gilles Simeoni, le président du conseil exécutif de Corse. Kevin Ornec, 39 ans, et Mourad Amar, 30 ans, ont été condamnés respectivement à dix ans et cinq ans et deux mois de prison pour avoir incendié des bars-restaurants à Corte et un garage automobile à Ajaccio.
EN BREF
- Deux hommes condamnés pour l’incendie de biens liés à Gilles Simeoni
- Pénalités de 10 ans pour Ornec et 5 ans pour Amar, qui nient les accusations
- Procureur évoque des éléments matériels pour justifier les réquisitions
Les faits remontent à la nuit du 4 au 5 décembre 2022, lorsque les bars-restaurants Bama et 24, situés à Corte, ont été la cible de feux criminels. Le premier des établissements était cogéré par le fils de Gilles Simeoni, récemment élu maire de Bastia. Peu après les incendies, un véhicule volé a été observé quittant les lieux, avant de se rendre à une concession automobile d’Ajaccio, où huit voitures ont également été détruites par le feu.
Le tribunal a reconnu Ornec et Amar coupables de plusieurs infractions, notamment de « destructions en bande organisée » et « transport de produits incendiaires ». Lors du procès, le procureur, Nicolas Mingant, a requis des peines sévères, arguant que Gilles Simeoni était un lien central dans cette affaire, ce qui a conduit à des réquisitions de douze ans de prison pour Ornec et sept ans et demi pour Amar.
Mourad Amar, dont le casier judiciaire était vierge, a été condamné à cinq ans de prison, en plus d’un mandat d’arrêt pour avoir refusé de se soumettre à des prélèvements d’ADN. Kevin Ornec, quant à lui, a une longue feuille de route criminelle, avec dix condamnations antérieures, ce qui a conduit à une peine de dix ans de prison avec maintien en détention.
Après l’annonce des réquisitions, Ornec a exprimé son incompréhension face à la gravité des accusations, répétant son innocence. Les deux hommes ont également reçu une interdiction de détenir une arme et une privation de leurs droits civiques pendant cinq ans. De plus, la saisie d’un véhicule, une Audi A1, a été ordonnée.
Le procureur a expliqué que deux éléments avaient permis aux enquêteurs de remonter la piste des accusés. Le premier concernait un « retour de flammes » ayant blessé l’un des incendiaires, correspondant à une brûlure constatée sur le front de M. Ornec. Ce dernier a tenté de minimiser cet incident en évoquant une brûlure causée par des « bananes flambées ». Le second élément clé était la présence d’un véhicule appartenant à la compagne de M. Ornec près de l’incendie d’un des véhicules utilisés pour commettre ces actes.
Les avocats des prévenus ont plaidé en faveur de leur relaxe, critiquant le manque de preuves tangibles. Me Jérôme Susini, représentant Mourad Amar, a souligné que les accusations reposaient davantage sur des préjugés que sur des éléments matériels solides. Il a insisté sur la nécessité de preuves concrètes pour établir une certitude dans cette affaire.
Pour Me Charlotte Cesari, avocate de Kevin Ornec, le principal élément à charge était la proximité de son client avec Yassine Akhazzane, un multi-condamné et considéré comme le chef d’une bande criminelle active en Corse. Selon elle, cette association a conduit à une stigmatisation injuste de son client, sans que des éléments probants ne viennent étayer cette accusation.
Un des autres avocats de M. Ornec, Me Jean-François Vesperini, a également dénoncé le manque d’objectivité dans l’enquête, faisant remarquer que l’absence de brûlures sur les mains de son client contredisait les affirmations selon lesquelles il aurait été impliqué dans les incendies.