La Cour suprême de Russie déclare l’ONG Memorial « extrémiste »

Le 15 novembre 2023, la Cour suprême de la Fédération de Russie a prononcé une décision marquante en déclarant l’ONG Memorial, connue pour sa défense des droits humains, comme une « organisation extrémiste ». Cette décision, qui intervient après la dissolution de l’organisation en 2021, renforce les mesures répressives contre ceux qui soutiennent Memorial en Russie.

EN BREF

  • La Cour suprême russe classe Memorial comme « extrémiste ».
  • Cette décision accroît la répression sur les soutiens de l’ONG.
  • Memorial a été fondée en 1989 pour documenter les répressions soviétiques.

Dans un communiqué, la Cour a affirmé que les activités de Memorial revêtaient un caractère « nettement antirusse ». Ce jugement permet désormais aux autorités de poursuivre toute personne associée à l’organisation, qu’elle ait participé à ses activités ou simplement exprimé son soutien. Natalia Sekretarieva, responsable du service juridique du Centre pour la protection des droits humains Memorial, a qualifié cette décision d’ »illégale » et a alerté sur la montée de la peur parmi les sympathisants de l’ONG.

Les conséquences de cette décision sont d’une ampleur préoccupante. Les individus ayant assisté aux événements organisés par Memorial, comme la cérémonie annuelle du « Retour des Noms », risquent d’être accusés de « complicité » d’extrémisme, même pour des actions passées. Cette situation a été décrite par Sekretarieva comme « kafkaïenne », soulignant l’imprécision qui permet aux autorités de cibler toute entité en lien avec Memorial.

Le contexte de cette décision est révélateur des tensions croissantes en Russie. En 2024, un mouvement similaire a été déclaré « extrémiste », ciblant les défenseurs des droits des personnes LGBT+, ce qui a ouvert la voie à des poursuites contre quiconque soutenant cette communauté. Cette stratégie de désignation d’organisations comme « extrémistes » sans véritable fondement légal semble être une tactique systématique pour museler la dissidence.

Memorial a été fondée par des figures emblématiques telles qu’Andreï Sakharov en 1989, avec pour mission de documenter les violations des droits humains et de rendre hommage aux victimes des répressions soviétiques. Au fil des années, l’ONG a élargi son champ d’action en enquêtant sur les abus en Tchétchénie et les exactions commises par les forces russes en Syrie. Son engagement lui a valu de nombreuses menaces, et plusieurs de ses membres ont payé de leur vie leur dévouement à la cause.

La dissolution de Memorial en décembre 2021 s’était déjà accompagnée d’accusations fallacieuses, la qualifiant de « créatrice d’une image mensongère de l’URSS ». Le procureur avait insisté sur le fait que l’ONG cherchait à « réhabiliter des criminels nazis », une accusation qui semble davantage relever de la propagande que de faits avérés. Ce climat de répression a conduit à une marginalisation croissante des victimes des répressions soviétiques, qui sont désormais souvent présentées sous un jour déformé par le discours officiel.

En 2022, Memorial a reçu le prix Nobel de la paix, un honneur qui a coïncidé avec une intensification de la répression à son encontre. Quelques heures après l’annonce de cette reconnaissance internationale, un tribunal de Moscou avait ordonné la saisie de ses bureaux, illustrant ainsi le profond décalage entre l’évaluation de la communauté internationale et les actions des autorités russes.

Malgré la dissolution officielle, Memorial continue d’exister grâce à un réseau d’organisations formelles et informelles, tant en Russie qu’à l’étranger, où de nombreux membres se sont réfugiés. Selon Natalia Sekretarieva, « une société civile » subsiste encore en Russie, mais elle est de plus en plus réprimée, et ses interactions avec l’extérieur sont désormais considérées comme criminelles.

Alors que les autorités continuent de restreindre les libertés fondamentales, la lutte pour la reconnaissance des droits humains et la mémoire des victimes des répressions reste plus que jamais d’actualité. L’ONG Memorial, malgré les obstacles, demeure un symbole de résistance face à l’oppression.