Fibre Excellence : mobilisation des salariés face à la menace de redressement judiciaire

À Saint-Gaudens, en Haute-Garonne, l’usine de pâte à papier Fibre Excellence fait face à une situation critique. Les salariés, soutenus par des élus locaux, ont exprimé leur détermination à ne « rien lâcher » alors qu’un redressement judiciaire pourrait être imminent. Ce jeudi, plusieurs dizaines d’entre eux se sont rassemblés devant leur site de production pour défendre leur emploi et l’avenir de l’usine.

EN BREF

  • Les salariés de Fibre Excellence à Saint-Gaudens s’opposent à un redressement judiciaire imminent.
  • La présidente de la région Occitanie a rencontré le Premier ministre pour discuter d’un plan de sauvetage.
  • Le sort de l’entreprise pourrait impacter gravement l’économie locale et l’emploi dans la région.

La présidente socialiste de la région Occitanie, Carole Delga, s’est rendue sur place en matinée pour rencontrer les employés et a ensuite échangé avec le Premier ministre Sébastien Lecornu à Matignon. Lors de cette réunion, le gouvernement a manifesté sa volonté de formuler rapidement de nouvelles propositions à l’actionnaire de l’entreprise, conditionnées à un engagement de sa part sur un plan d’investissement visant des procédés de production de pâte à papier à plus forte valeur ajoutée.

Sébastien Oustric, délégué CGT de l’usine, a exprimé les préoccupations des travailleurs : « On est déterminé à se battre, mais c’est compliqué. » Il a souligné l’urgence de stabiliser l’activité sur le court terme pour mieux affronter les défis à venir. La situation est d’autant plus pressante que le groupe Fibre Excellence pourrait être placé en redressement judiciaire dès le 15 avril en raison de lourdes pertes, notamment dans son activité de production d’électricité.

Les représentants des salariés, appuyés par les élus locaux, font entendre leur voix pour obtenir une revalorisation du prix d’achat de l’électricité par EDF, un levier qu’ils considèrent comme crucial pour rétablir l’équilibre financier de l’entreprise. « C’est le seul levier qui peut nous sauver rapidement », a déclaré M. Oustric, déplorant l’inaction du gouvernement face à cette crise.

Les craintes des travailleurs sont palpables. Camille Maguis, préventrice sécurité et employée depuis 11 ans, a déclaré : « C’est vraiment la grosse usine du coin. Sans cette usine à Saint-Gaudens, il n’y a plus grand-chose. » L’usine, qui est le premier employeur privé de la région, joue un rôle essentiel dans l’économie locale. Magali Gasto-Oustric, présidente de la communauté de communes, a averti des conséquences catastrophiques d’un éventuel redressement judiciaire, qui entraînerait des pertes d’emplois et des répercussions sur l’ensemble des commerces locaux.

Le secteur de la production de papiers et cartons en France a subi un déclin significatif au cours des deux dernières décennies. Selon le syndicat professionnel Copacel, la production a chuté de 10,3 millions de tonnes en 2005 à 6,5 millions de tonnes en 2025, en raison d’une baisse continue de la demande pour le papier journal et les prospectus publicitaires.

Fibre Excellence, qui emploie au total 670 personnes et produit annuellement 500 000 tonnes de pâte à papier, appartient à Jackson Wijaya, dont la famille dirige Asia Pulp and Paper, un géant indonésien du secteur. Plusieurs organisations environnementales dans les Bouches-du-Rhône ont également critiqué cet actionnaire, avertissant que son départ pourrait laisser la collectivité à la charge du chômage et de la dépollution des sites, qui ne respectent pas les normes environnementales en vigueur.

La situation de Fibre Excellence est donc à un tournant critique. Les salariés, unis et déterminés, continuent de se battre pour leur avenir et celui de l’usine, tout en espérant que les négociations en cours aboutiront à des solutions durables.