Campagnes chocs contre le protoxyde d’azote : efficacité remise en question

Le 7 avril dernier, le ministère de l’Intérieur a lancé une campagne nationale de sensibilisation sur les dangers liés à l’usage détourné de protoxyde d’azote. À travers une vidéo percutante, une jeune femme passe d’un moment de rire à une situation tragique, se retrouvant en fauteuil roulant, victime des effets néfastes de cette substance. Mais ces campagnes choc sont-elles vraiment efficaces pour sensibiliser les jeunes à ce risque ? Les avis divergent.

EN BREF

  • La campagne choc du ministère vise à sensibiliser sur le protoxyde d’azote.
  • Des experts estiment que ces campagnes ont peu d’impact sur les jeunes.
  • Il est essentiel d’impliquer les consommateurs dans la création des messages de prévention.

Benjamin Tubiana-Rey, responsable du plaidoyer à la Fédération Addiction, souligne que les campagnes basées sur la peur, comme celle-ci, montrent souvent un impact limité. Selon lui, ces initiatives peuvent même avoir un effet contre-productif, en incitant certains jeunes à tester leurs limites plutôt qu’à adopter des comportements responsables. Il se réfère à une étude de l’Inserm qui démontre que les messages positifs, motivants, sont généralement plus efficaces pour modifier les comportements.

Yohan Gicquel, maître de conférences à l’Université Evry Paris Saclay, partage cet avis. Après avoir discuté avec une soixantaine de jeunes consommateurs de protoxyde d’azote, il constate que ces derniers se moquent souvent des campagnes institutionnelles, qu’ils perçoivent comme caricaturales. La distance d’âge entre les acteurs de ces campagnes et leur public cible joue également un rôle. Le vocabulaire employé ne correspond pas toujours à celui utilisé par les jeunes, ce qui diminue l’impact du message.

Par exemple, la campagne « C’est la base » lancée par Santé publique France en 2023 se distingue par son ton adapté aux jeunes. Les messages tels que « Inviter ton pote à dormir chez toi s’il n’est plus en état » ont davantage de chances d’être retenus. Cette approche, qui privilégie des situations concrètes et des messages positifs, semble plus prometteuse pour changer les comportements.

Le principe de tempérance est également évoqué par Yohan Gicquel. Pour les jeunes, la fête ne doit pas être gâchée ; ils prennent soin les uns des autres pour ne pas dépasser les limites. Il est donc crucial de sensibiliser non seulement ceux qui consomment, mais également leur entourage. Des messages comme « celui qui consomme, c’est celui qui ne conduit pas » pourraient être efficaces, à l’instar des campagnes de prévention sur l’alcool.

Pour une prévention efficace, il est primordial que les campagnes soient co-construites avec les jeunes, notamment ceux qui consomment ou envisagent de consommer. Benjamin Tubiana-Rey insiste sur l’importance de donner la parole aux jeunes ayant vécu les effets néfastes du protoxyde d’azote. La plupart des jeunes interrogés sont conscients des risques, mais se trouvent souvent dans un déni de responsabilité, car ils n’ont pas été témoins de dommages dans leur cercle social.

Les motivations derrière la consommation de protoxyde d’azote sont également à prendre en compte. Les jeunes recherchent des sensations nouvelles, souhaitent gérer leur stress ou se laissent entraîner par la dynamique de groupe. Il est donc essentiel de partir de ces réalités pour élaborer des messages de prévention adaptés. En effet, lorsqu’ils consomment, les jeunes ne pensent pas nécessairement aux conséquences graves.

Enfin, une campagne, même bien conçue, ne peut être efficace sans un accès facile aux soins. La récente loi Ripost, adoptée en mars, qui pénalise les consommateurs, pourrait entraver cet accès, notamment pour les jeunes. Les experts s’accordent à dire que la prévention doit être accompagnée de solutions concrètes pour garantir la sécurité des consommateurs.