Le 17 avril 2026, la cour d’appel de Paris a alourdi la peine du cinéaste Christophe Ruggia, reconnu coupable d’agressions sexuelles sur l’actrice Adèle Haenel, alors âgée de 12 à 14 ans. Le réalisateur, aujourd’hui âgé de 61 ans, écope de cinq ans de prison, dont deux ferme sous bracelet électronique, contre quatre ans, dont deux ferme, prononcés en première instance en février 2025.
EN BREF
- Christophe Ruggia condamné à cinq ans de prison pour agressions sur Adèle Haenel.
- Les faits se sont déroulés entre 2001 et 2004 lors de rendez-vous privés.
- Adèle Haenel évoque un traumatisme persistant depuis l’enfance.
Les agressions se sont produites entre 2001 et 2004, lors de rendez-vous hebdomadaires au domicile du cinéaste, à l’époque où il dirigeait Adèle Haenel dans le film Les Diables, qui marquait le début de sa carrière d’actrice. Ruggia, de vingt-quatre ans son aîné, a été accusé d’imposer des caresses répétées et non consenties sur le corps de la jeune collégienne, dans un contexte d’emprise, alimenté par des menaces voilées.
Lors de son procès en appel, Ruggia a une nouvelle fois nié les faits. Il a déclaré : « Si j’avais fait ce qu’elle m’accuse d’avoir fait, je n’aurais jamais pu me regarder dans la glace. Ça n’est jamais arrivé. » Le réalisateur a cependant reconnu avoir eu une relation qu’il qualifie de « fusionnelle » avec Haenel, mais il refuse de la qualifier d’abusive, attribuant les accusations à une reconstruction mentale liée aux déceptions professionnelles de l’actrice.
Face à lui, Adèle Haenel, désormais âgée de 36 ans et doublement césarisée, a partagé son expérience avec des mots puissants. Elle a exprimé son traumatisme persistant, affirmant : « Ça me fout la honte d’être marquée à ce point. J’aimerais que ça n’ait pas eu lieu, j’aimerais juste pouvoir dire que ça n’existe pas. » Elle a également évoqué son combat contre une dépression qui l’accompagne depuis de nombreuses années.
Dans son réquisitoire, l’avocat général Alexis Bouroz a rappelé la gravité des faits en déclarant : « Ce n’est pas un #MeToo, ce sont des abus sexuels sur des enfants. » Il a mis en lumière les mécanismes à l’œuvre dans ce type d’affaires, évoquant l’ascendant d’un adulte sur un enfant et la confusion entre transmission et prédation.
Cette affaire, révélée en 2019 par une enquête de Mediapart, avait pris une ampleur particulière lors de la cérémonie des César 2020, lorsque Adèle Haenel avait quitté la salle en signe de protestation contre la récompense décernée à Roman Polanski. Depuis la sortie du film Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma, la comédienne a délaissé le cinéma pour se consacrer au théâtre et à son engagement militant.
Les répercussions de cette affaire continuent d’interroger la société sur la question des abus sexuels, en particulier ceux commis sur des enfants. Le procès de Ruggia et le témoignage d’Adèle Haenel soulignent la nécessité d’une prise de conscience collective et d’une protection renforcée pour les victimes.