Dans de nombreux foyers, le geste de retirer ses chaussures en entrant est devenu un réflexe presque sacro-saint. Associé à l’idée de propreté, ce comportement est souvent imposé aux invités comme une évidence. Toutefois, cette habitude largement répandue pourrait reposer davantage sur une perception personnelle que sur une réalité scientifique. Alors, cette pratique est-elle vraiment utile ?
EN BREF
- Les chaussures ne sont pas aussi sales qu’on le pense selon un microbiologiste.
- Le vrai risque pour la santé vient principalement des produits chimiques.
- Revoir ses méthodes de nettoyage pourrait être plus efficace que de se déchausser.
Christophe Mercier Thellier, hygiéniste et microbiologiste, a récemment partagé son point de vue sur le sujet lors d’un entretien dans le podcast Legend animé par Guillaume Pley. Selon lui, la peur liée aux chaussures à l’intérieur s’inscrit dans une vision simplifiée du risque microbien. En d’autres termes, nous surestimons ce que nos semelles peuvent apporter en termes de contamination.
Interrogé sur le caractère supposé « sale » des chaussures, il nuance cette idée. Pour lui, le danger ne se trouve pas là où on l’imagine, mais plutôt dans notre rapport aux produits chimiques. « C’est la chimie qui est dangereuse, ce ne sont pas les microorganismes », souligne-t-il. À vouloir éradiquer toute trace de vie invisible, nous adoptons parfois des pratiques contre-productives.
Cette réflexion prend tout son sens quand on observe nos gestes quotidiens. Se déchausser à l’entrée peut sembler logique, mais d’autres habitudes, souvent négligées, peuvent annuler cet effort. Par exemple, poser un sac à main sur la table, ouvrir un colis sur le plan de travail ou manipuler des objets extérieurs sans précautions peuvent rendre l’acte de se déchausser presque inutile. « Donc quelqu’un qui dit je me déchausse mais qui, à la maison, pose le colis ou le sac à main sur la table, c’est comme s’il mettait ses chaussures sur la table », résume-t-il.
Dans sa propre vie, Mercier Thellier ne suit pas cette règle à la lettre : « Moi à la maison, on ne se déchausse pas systématiquement. » Cette position, bien que surprenante, repose sur une logique précise. Il insiste sur un point souvent mal compris : « On ne se contamine pas par le sol. » Les bactéries, les champignons et les virus ne « sautent » pas. Ainsi, tant que les microorganismes restent au sol et que ce dernier n’est pas contaminé par des produits chimiques, le risque demeure limité.
Pour illustrer son propos, il évoque un exemple parlant : « Les fruits et légumes, ils viennent d’où ? De la terre. Dans un gramme de terre, vous avez 100 milliards de bactéries, virus, champignons. Est-ce qu’on en sort malade ? Bien sûr que non. La terre est notre amie. Ce qui est notre ennemi, c’est la chimie. » Cette observation souligne que notre rapport aux microbes est souvent exagéré.
Il en découle que garder ses chaussures chez soi ne présente pas de risque réel. Le sol ne transmet pas les microbes comme on pourrait le croire, et le véritable danger provient surtout des produits chimiques que nous utilisons. Dans ce contexte, l’enjeu ne serait donc pas de bannir les chaussures, mais de repenser nos méthodes de nettoyage. Au lieu de multiplier les produits désinfectants, Mercier Thellier recommande des solutions simples, comme l’eau, le vinaigre blanc et une lingette microfibre. Une approche plus mesurée qui réduit l’exposition aux substances chimiques tout en garantissant un entretien efficace.
Cette remise en question invite à relativiser une habitude bien ancrée. Se déchausser n’est pas inutile en soi, mais il est loin d’être indispensable. Avant d’imposer cette règle à son entourage, il peut être judicieux de se demander ce qui compte vraiment en matière d’hygiène. Parfois, les gestes les plus évidents ne sont pas ceux qui ont le plus d’impact.