Moins connue que d’autres agences de renseignement, la Direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières (DNRED) joue un rôle crucial dans la lutte contre le narcotrafic et le contournement des sanctions internationales. Récemment, Franceinfo a eu l’opportunité d’échanger avec plusieurs agents, habituellement tenus au secret, qui dévoilent les coulisses de leur travail.
EN BREF
- La DNRED est un acteur clé dans la lutte contre le narcotrafic et le contournement des sanctions.
- Des agents spécialisés utilisent des méthodes variées pour infiltrer les réseaux criminels.
- Le service se heurte à des défis de recrutement malgré l’élargissement de ses missions.
Julie*, l’une des douanières rencontrées, illustre parfaitement cette réalité. Attablée dans une brasserie parisienne, elle est là pour discuter avec des « sources humaines », des informateurs qui côtoient le milieu criminel. Son rôle consiste à intervenir dès le début d’une enquête, utilisant des éléments tels qu’une plaque d’immatriculation pour déclencher des investigations. Parmi ses succès, elle évoque l’arrestation d’un véhicule transportant 350 kg de cannabis en provenance d’Espagne. « C’est gratifiant de savoir qu’un renseignement a conduit à un dossier », confie-t-elle.
Au sein de la DNRED, deux règles fondamentales régissent ce travail. D’abord, les informateurs, appelés « aviseurs », ne doivent jamais participer aux activités criminelles. Ensuite, ils sont rémunérés pour les informations fournies, bien que les montants restent confidentiels. « En douanes, on paye bien », admet Julie, soulignant que ces paiements peuvent atteindre plusieurs milliers d’euros.
Pour établir un lien de confiance avec ces informateurs, Julie adapte son approche en fonction de leur profil. Avec des femmes, elle se voit parfois comme une assistante sociale, cherchant à comprendre leur vie personnelle avant d’engager des discussions sur des sujets plus sensibles. Les hommes, quant à eux, cherchent souvent à impressionner, mais il est essentiel de trier les informations pertinentes.
La DNRED, qui compte moins de 800 agents, doit faire face à des défis de recrutement. La création d’une unité de renseignement fiscal, qui devrait compter une centaine d’enquêteurs, peine à se concrétiser, comme l’a signalé la Cour des comptes fin 2024. Le service se tourne donc vers des profils jeunes pour renforcer ses effectifs.
Alma*, une enquêtrice spécialisée, témoigne de son expérience au sein de la DNRED, où elle traque les exportations illicites d’armes et de biens à double usage. Elle se concentre particulièrement sur la Russie, identifiant des pratiques douteuses d’entreprises françaises qui tentent de contourner les sanctions imposées depuis le début de la guerre en Ukraine. « Tout ce qu’on entrave, on se dit que ce sont des missiles en moins sur les têtes ukrainiennes », souligne-t-elle, consciente de l’impact de son travail.
Alma raconte comment elle a suivi les pistes de sociétés françaises qui, après l’instauration des sanctions, commençaient à utiliser des intermédiaires en Chine ou au Kazakhstan pour dissimuler leurs transactions. Cette méthode de contournement l’a amenée à mettre en lumière des pratiques frauduleuses qui pourraient avoir des conséquences graves.
Dans le secteur du renseignement, la DNRED n’hésite pas à utiliser des méthodes innovantes pour lutter contre les trafics en ligne. Nicolas*, responsable de la cyberdouane, explique que ses équipes passent des heures à surveiller le darknet et d’autres plateformes numériques pour intercepter les réseaux de trafic. « On ne bosse que sur le haut du spectre, notre but est de couper la branche sur laquelle beaucoup sont assis », précise-t-il.
Cette approche nécessite patience et stratégie. Les agents, qualifiés de « geeks », s’appuient sur des données de connexion et des images pour identifier les trafiquants. Ils n’ont pas accès à des dispositifs secrets, mais disposent d’outils légaux pour infiltrer ces réseaux, une tâche périlleuse qui nécessite une formation rigoureuse.
En 2024, les agents de la DNRED ont démantelé deux fermes de cannabis en Essonne, prouvant ainsi que même les opérations les plus discrètes ne sont pas à l’abri d’une surveillance efficace. « Personne n’est intouchable », conclut Nicolas, illustrant le sérieux de leur mission.
La DNRED, bien que peu connue du grand public, joue un rôle essentiel dans la sécurité nationale. Son travail, souvent invisible, est fondamental pour contrer les menaces qui pèsent sur la société.
*Tous les prénoms ont été modifiés pour assurer la sécurité des agents.