Une crise de santé publique préoccupante se dessine en France, comme l’a souligné ce mercredi matin le président de la Fédération hospitalière de France (FHF) lors de son intervention sur RMC. Les données récentes révèlent une hausse inquiétante des hospitalisations liées à des tentatives de suicide chez les jeunes, un phénomène qui semble s’aggraver depuis 2019.
EN BREF
- Hausse de 16,6 % des hospitalisations pour tentatives de suicide depuis 2019.
- Augmentation de 76 % chez les jeunes adultes de 20 à 24 ans et de 118 % chez les 10-14 ans.
- Appel à des mesures concrètes pour améliorer l’accès aux soins en santé mentale.
Entre 2019 et 2024, le nombre d’hospitalisations après des tentatives de suicide a crû de 16,6 % à l’échelle nationale, tandis que ce chiffre atteint 25,4 % pour les femmes. La situation est particulièrement alarmante chez les jeunes filles : les hospitalisations chez les 20-24 ans ont explosé de 76 % sur cinq ans, et celles chez les 10-14 ans ont connu une hausse incroyable de 118 %, selon les données communiquées par la FHF.
La question se pose : pourquoi cette crise touche-t-elle si durement les jeunes filles ? Arnaud Robinet, président de la FHF, admet qu’il est difficile d’identifier les causes précises. Il évoque néanmoins le « mal-être » croissant au sein de la jeunesse, aggravé par la crise sanitaire de la Covid-19. « On ne leur donne pas d’espoir, on est assez anxiogène avec eux », a-t-il déclaré.
En mai dernier, la Drees (Direction de la Recherche, des Études, de l’Évaluation et des Statistiques) avait déjà mis en lumière l’augmentation des hospitalisations pour tentatives de suicide et automutilations, avec un pic autour de l’âge de 15 ans. Ces éléments soulignent l’urgence d’une réponse adaptée à cette crise de santé publique.
Malgré la reconnaissance croissante de la santé mentale comme une « grande cause nationale », l’accès aux soins reste un enjeu critique. La FHF alerte sur les difficultés rencontrées, en particulier par les jeunes adultes de 18 à 24 ans. Les témoignages révèlent que 64 % des jeunes de cette tranche d’âge font état de délais d’attente excessifs pour consulter un psychiatre, tandis que 52 % signalent des difficultés à obtenir un rendez-vous. Environ 38 % de ces jeunes affirment avoir subi des ruptures de stock de médicaments, et 49 % évoquent des interruptions de soins, laissant certains sans suivi médical pendant des périodes prolongées.
Face à cette situation, la FHF appelle à l’instauration d’une délégation interministérielle dédiée à la santé mentale et à la psychiatrie. Elle demande un plan pluriannuel pour soutenir les centres médico-psychologiques et lutter contre la crise des vocations dans le domaine de la psychiatrie, notamment en pédopsychiatrie. La nécessité de développer des unités et équipes pluridisciplinaires pour les 16-25 ans est également soulignée, tout comme l’importance de multiplier les maisons des adolescents.
La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a promis devant l’Assemblée nationale de renforcer ces maisons des adolescents et d’annoncer prochainement la nomination d’un délégué interministériel à la santé mentale. Ces mesures sont essentielles pour répondre à la montée alarmante des problèmes de santé mentale chez les jeunes.
Arnaud Robinet insiste sur le fait que l’accompagnement des jeunes est crucial : « Les 10-14 ans sont très jeunes, si on ne les aide pas, une crise majeure nous attend dans les années à venir. » Ces paroles résonnent comme un appel à l’action pour éviter que cette crise silencieuse ne devienne irréversible.