Le 2 avril 2026, à l’occasion de la journée mondiale de l’autisme, de nombreux témoignages émergent pour sensibiliser le public à ce trouble souvent méconnu. Parmi eux, celui d’Émilie, une jeune femme de 37 ans, qui a récemment découvert son autisme après des années de lutte personnelle et de mal-être. Son histoire illustre les défis et les spécificités rencontrés par les femmes autistes, souvent diagnostiquées tardivement.
EN BREF
- Émilie a été diagnostiquée autiste à 37 ans après des années de dépression.
- Les femmes autistes cachent souvent leurs symptômes, rendant le diagnostic plus difficile.
- Elle partage son expérience pour sensibiliser les autres sur l’autisme féminin.
Émilie raconte avoir ressenti, depuis son adolescence, un sentiment de ne pas être « normale », sans pouvoir l’expliquer. À l’âge de 11-12 ans, elle a connu sa première dépression, suivie de deux épisodes dépressifs graves au cours de sa vie. La dernière crise, survenue à 31 ans à cause d’une amitié toxique, l’a poussée à consulter son médecin traitant. Ce dernier a pris son mal-être au sérieux, lui prescrivant un traitement médicamenteux et une thérapie par les rêves.
Cette combinaison a porté ses fruits, et Émilie a ressenti un bonheur inattendu à 32 ans. Toutefois, ce bien-être a été de courte durée. Six mois plus tard, un simple bruit de raclement de gorge à son travail a suffi à déclencher une nouvelle crise dépressive. Ce moment a été un tournant. Elle a compris qu’il lui fallait faire face à des problèmes plus profonds que ceux identifiés jusqu’alors.
Émilie a alors consulté un psychanalyste, dans l’espoir de trouver des réponses. Malheureusement, cette expérience s’est révélée décevante. Le psychanalyste n’a pas réussi à saisir la complexité de son vécu et a tenté de lui démontrer qu’elle était « normale ». Ce manque de compréhension a contribué à aggraver sa dépression, la conduisant à interrompre cette thérapie.
Il a fallu deux ans de plus avant qu’un changement significatif ne se produise. À 37 ans, une collègue l’a convaincue de consulter une psychologue. Ce rendez-vous a été révélateur. Au cours de la troisième séance, la psychologue a annoncé à Émilie qu’elle était autiste. Ce diagnostic, bien que difficile à entendre, a été perçu comme un soulagement. Pour la première fois, Émilie pouvait mettre des mots sur ses souffrances et ses difficultés.
Avec du recul, elle réalise que ce diagnostic expliquait de nombreux aspects de sa vie. En tant qu’adolescente, elle avait des difficultés à établir des relations sociales, soutenue par sa sœur cadette. Les interactions sociales, bien que souvent masquées par des comportements adaptés, étaient source de stress, ce qui a contribué à ses épisodes dépressifs précoces.
Émilie évoque le concept de « masking », cette capacité qu’ont certaines femmes autistes à dissimuler leurs symptômes pour se conformer aux attentes sociales. Elle souligne qu’en raison de cette adaptation, son autisme n’a pas été détecté par les professionnels de santé. Ce phénomène est courant chez les femmes, qui apprennent souvent à cacher leurs différences.
À travers son récit, Émilie souhaite faire prendre conscience des attentes sociales inégales envers les filles et les garçons. Les petites filles sont souvent perçues comme « sage » et « docile », ce qui rend leurs difficultés moins visibles. En revanche, les garçons, attendus dans des comportements plus extravertis, sont plus souvent diagnostiqués dès leur jeune âge. Cette disparité souligne l’importance d’une sensibilisation accrue à l’autisme, notamment chez les femmes.
Aujourd’hui, Émilie ajuste sa vie en fonction de son diagnostic. Elle évite les lieux bruyants et limite ses interactions sociales, comprenant qu’elle ne peut pas gérer plus d’une sortie toutes les deux semaines. L’autisme, étant un syndrome, ne se guérit pas, mais elle a appris à mettre en place des stratégies pour préserver son bien-être mental.
Son parcours, bien que difficile, représente également une source d’espoir pour d’autres femmes confrontées aux mêmes défis. Émilie incarne la voix de celles qui, comme elle, ont longtemps été incomprises et qui cherchent à partager leur expérience pour éclairer le chemin des autres.