Lynas s’attaque à la domination chinoise sur les terres rares en Malaisie

Alors que la compétition pour les ressources stratégiques s’intensifie, la société minière australienne Lynas, implantée en Malaisie, se positionne comme un acteur clé dans l’extraction des terres rares. Ces éléments, bien que nommés « rares », sont en réalité cruciaux pour diverses industries technologiques et militaires.

EN BREF

  • Lynas, premier producteur mondial hors de Chine, vise à réduire la dépendance envers Pékin.
  • L’usine de Gebeng traite 11 des 17 terres rares et prévoit d’élargir sa production.
  • Des préoccupations environnementales subsistent concernant la gestion des déchets radioactifs des activités de l’entreprise.

Dans l’usine de Gebeng, située près de Kuantan, des centaines de sacs, chacun pesant une tonne, sont prêts à être expédiés. Ils contiennent des terres rares, des minéraux essentiels à la fabrication d’aimants permanents utilisés dans des secteurs variés tels que l’automobile, l’électronique et l’aérospatial. Ces matières premières sont au cœur des tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine, cette dernière contrôlant environ 60 % de l’extraction mondiale et 90 % du raffinage des terres rares.

Amanda Lacaze, directrice générale de Lynas, a souligné que l’entreprise cherche à diminuer la dépendance envers la Chine. « La Chine a bâti son succès sur un plan industriel clair, ce qui nous oblige à prendre cette question au sérieux », a-t-elle déclaré lors d’une visite de presse de son usine. Lynas a déjà réussi à rompre le monopole chinois sur certaines catégories de terres rares et ambitionne d’augmenter sa part de marché, actuellement située autour de 10 %.

Depuis 2012, l’usine de Lynas a mis en place un processus complexe d’extraction de métaux purs à partir de matières premières venant d’Australie-Occidentale. Ce processus lui permet de traiter actuellement 11 des 17 terres rares, avec des projets d’expansion pour inclure des métaux tels que l’yttrium et le lutétium, qui trouvent des applications dans l’imagerie médicale et les technologies laser.

Les sacs remplis de néodyme et de praséodyme, par exemple, sont essentiels pour la production d’aimants et se vendent à environ 100 000 dollars chacun. L’entreprise expédie ces matières premières vers le Japon, où elles sont transformées en produits finis.

En octobre dernier, la Chine a annoncé de nouvelles restrictions à l’exportation de terres rares, intensifiant ses efforts pour contrôler ce marché stratégique. Bien que ces restrictions aient été suspendues pendant un an, la situation souligne l’importance de diversifier les sources d’approvisionnement pour les pays dépendants de ces minéraux.

Le directeur des opérations de Lynas, Pol Le Roux, a précisé que le véritable défi réside dans la stimulation de la capacité en aval de production. L’entreprise a déjà commencé à collaborer avec des fabricants d’aimants pour renforcer ces chaînes d’approvisionnement. « Nous n’allons pas simplement dire que nous allons nous réveiller demain et devenir fabricants d’aimants », a-t-il ajouté.

Cependant, l’extraction des terres rares soulève des préoccupations environnementales, notamment en ce qui concerne les déchets toxiques générés lors du processus. En mars, le gouvernement malaisien a accordé à Lynas une prolongation de dix ans pour poursuivre ses activités, malgré les inquiétudes soulevées par des organisations comme Greenpeace sur la gestion de déchets radioactifs.

Lynas assure que les déchets générés ne posent pas de menace pour l’environnement. « Nos dérivés émettent moins de radioactivité qu’une banane », a déclaré Pol Le Roux, qui a également mentionné que des audits de sécurité réguliers sont effectués sur le site.

Dans les années à venir, Lynas prévoit de diversifier davantage sa production, visant à utiliser les terres rares non seulement comme matières premières, mais également comme catalyseurs pour des applications dans l’hydrogène. « D’ici dix ans, je m’attends à ce que cette branche représente une part substantielle de notre activité », a conclu M. Le Roux.