Un coronavirus de chauve-souris révèle de nouveaux risques d’infection pour l’homme

La science internationale se mobilise pour traquer les virus animaux susceptibles de déclencher de futures épidémies. Une récente étude, publiée dans la revue Nature le 22 avril 2026, met en lumière un coronavirus isolé de la chauve-souris au Kenya. Ce virus présente une capacité inédite à se fixer aux cellules humaines, soulevant ainsi des questions sur la surveillance mondiale face à la transmission des coronavirus de la faune vers l’homme.

EN BREF

  • Identification d’un nouveau coronavirus de chauve-souris au Kenya.
  • Capacité unique à s’accrocher aux cellules humaines.
  • Implications pour la surveillance des risques épidémiques futurs.

Avant l’apparition de la pandémie de Covid-19, la majorité des recherches se concentraient sur les betacoronavirus, notamment le SARS-CoV-2. Pourtant, les alphacoronavirus, qui circulent couramment chez les chauves-souris, demeuraient largement inexplorés, particulièrement en ce qui concerne leur interaction avec les cellules humaines. Les scientifiques craignent que certains de ces virus puissent franchir la barrière d’espèce. D’où l’importance d’anticiper de nouveaux mécanismes d’infection.

Dirigée par des chercheurs du Royaume-Uni et du Kenya, l’étude a analysé près de 2 000 séquences de coronavirus provenant de bases de données publiques. Les scientifiques ont sélectionné 40 protéines de spike, représentatives des alphacoronavirus, et ont utilisé des pseudovirus inoffensifs portant ces protéines pour tester leur capacité à se lier à des récepteurs cellulaires, tant chez les animaux que chez les humains. La protéine spike du virus CcCoV-KY43, isolée chez la chauve-souris « heart-nosed » du sud-est du Kenya, a révélé un mode de fixation innovant sur les cellules humaines, distinct de celui observé avec le SARS-CoV-2.

Stephen Graham, professeur à l’Université de Cambridge et co-auteur de l’étude, a déclaré : « Le risque est présent, il existe depuis toujours… mais désormais, nous pouvons y prêter attention et nous y préparer. » Cette déclaration souligne l’importance de cette découverte dans le contexte de la santé publique.

Des prélèvements sanguins effectués dans le sud-est du Kenya indiquent que les populations locales n’ont pas encore été exposées à ce coronavirus spécifique. Cela suggère qu’il n’y a pas de preuve de transmission à l’homme à ce jour. Toutefois, la capacité de ce virus à se lier aux cellules humaines de manière distincte indique qu’il existe plusieurs mécanismes par lesquels une infection par un coronavirus de chauve-souris pourrait théoriquement se produire. Ces résultats fournissent un nouvel outil pour anticiper les futurs risques avant tout événement épidémique.

Il est connu que certains coronavirus, actuellement présents chez les animaux, peuvent passer à l’homme et provoquer des maladies. Bien que la transmission de la chauve-souris à l’homme soit rare, elle reste une préoccupation majeure pour la recherche, en raison de son potentiel à déclencher des épidémies. La diversité des mécanismes de liaison entre les virus animaux et les cellules humaines constitue un facteur d’alerte. Plus ces mécanismes sont variés, plus la surveillance doit être renforcée pour limiter les risques de spillover, c’est-à-dire le passage de l’animal à l’homme.

Ce travail offre aux chercheurs un modèle pour identifier à l’avance les virus susceptibles de franchir la barrière d’espèce, en se concentrant sur l’étude expérimentale des protéines de spike. Toutefois, il reste à déterminer si CcCoV-KY43 a la capacité de se répliquer et de se propager efficacement chez l’homme, ce que l’étude n’a pas pu établir. Plusieurs étapes sont nécessaires avant qu’un virus animal devienne une menace pandémique.

Le Dr Dalan Bailey, du Pirbright Institute, insiste sur le fait que les prochaines recherches devront également évaluer si ce virus a déjà été transmis à d’autres mammifères dans son habitat naturel. L’affinement des stratégies de surveillance sera crucial pour détecter précocement les signaux d’alerte. La recherche sur ce sujet est donc plus que jamais d’actualité, dans un monde où la vigilance est essentielle pour prévenir de futures crises sanitaires.