Le Mali traverse une période sombre de son histoire, avec une escalade des violences orchestrées par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) et la rébellion touareg. Samedi, ces groupes ont revendiqué une série d’attaques coordonnées visant des installations stratégiques de la junte au pouvoir, marquant ainsi un tournant inquiétant dans le conflit qui ravage le pays depuis plus d’une décennie.
EN BREF
- Le JNIM et la rébellion touareg ont mené des attaques simultanées contre la junte malienne.
- Des combats intenses se sont déroulés à Bamako et à Kidal, faisant 16 blessés.
- Le gouvernement affirme que la situation est sous contrôle, malgré les déclarations du FLA sur le contrôle de Kidal.
Les combats, qui ont débuté à l’aube, se sont intensifiés tout au long de la journée, notamment en périphérie de Bamako et dans plusieurs autres localités. La ville de Kidal, bastion des mouvements séparatistes, a été particulièrement touchée, avec des rapports faisant état de 16 blessés parmi les civils et les militaires. Le gouvernement a indiqué que les « dégâts matériels » étaient limités et a assuré que la situation était « totalement sous contrôle ».
Pourtant, les déclarations du Front de libération de l’Azawad (FLA) indiquent une autre réalité. Ce groupe séparatiste, qui revendique le contrôle d’une partie du territoire de l’Azawad, a affirmé avoir pris le contrôle de Kidal, une ville qui était sous le contrôle de l’armée malienne depuis novembre 2023, après une offensive appuyée par des forces paramilitaires russes.
Dans un communiqué publié le même jour, le JNIM a revendiqué la responsabilité des attaques, décrivant une « victoire » résultant d’une coordination étroite avec ses « partenaires », notamment le FLA. Les objectifs des assaillants comprenaient des sites militaires clés ainsi que des infrastructures gouvernementales, y compris le siège du président Assimi Goïta et l’aéroport international de Bamako.
Les incertitudes entourent également la sécurité des hauts responsables de la junte, notamment le ministre de la Défense, Sadio Camara, dont la résidence aurait été gravement endommagée par une explosion. Des hélicoptères ont survolé Bamako, menant des frappes aériennes, tandis que des forces de sécurité bouclaient les routes menant à des installations militaires sensibles.
Charlie Werb, analyste au cabinet Aldebaran Threat Consultants, a souligné que cette offensive marquait un niveau de coordination jamais atteint depuis 2012, lorsqu’une partie du pays est tombée aux mains de groupes armés. La situation sécuritaire au Mali continue de se détériorer, exacerbée par la montée de l’insécurité due à des groupes jihadistes liés à Al-Qaïda et à l’État islamique, ainsi qu’à des groupes criminels et des indépendantistes.
Le JNIM, dans son communiqué, a également exprimé son intention de s’adresser à la Russie, proposant de ne pas attaquer les forces russes au Mali en échange d’une neutralité de Moscou. Cette offre survient alors que la junte malienne a renforcé ses relations avec la Russie au cours des dernières années. Cependant, le ministère russe des Affaires étrangères a condamné les attaques, les qualifiant de menaces pour la stabilité du Mali.
L’Union africaine a de son côté dénoncé ces violences, affirmant qu’elles exposent les populations civiles à des risques considérables. Face à cette situation complexe, le Mali semble se retrouver à un carrefour critique, où la lutte pour le pouvoir et le contrôle du territoire entre en collision avec les aspirations de paix et de sécurité des populations.