Ce samedi, les Palestiniens se rendent aux urnes pour élire leurs maires et conseillers municipaux, un événement marquant après une longue période de guerre et d’incertitude. Ce scrutin, qui se déroule à la fois en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, est le premier depuis le début des hostilités, et se veut un test de la légitimité de l’Autorité palestinienne. Environ 1,5 million d’électeurs sont inscrits en Cisjordanie occupée et 70 000 à Deir el-Balah, dans le centre de Gaza, selon la Commission électorale centrale.
EN BREF
- Près de 1,5 million de Palestiniens votent pour des élections municipales.
- Le scrutin est le premier depuis le début des hostilités en octobre 2023.
- Mahmoud Abbas fait face à des doutes sur la légitimité de son autorité.
Les bureaux de vote ouvriront à 7 heures et fermeront à 19 heures en Cisjordanie, alors qu’à Deir el-Balah, ils fermeront plus tôt, à 17 heures, afin de permettre un dépouillement en plein jour, en raison des coupures d’électricité fréquentes. Le climat de ce scrutin est imprégné par des décennies d’occupation israélienne et des tensions internes entre factions palestiniennes.
Les listes de candidats sont majoritairement affiliées au Fatah, le parti du président Mahmoud Abbas, ou sont sans étiquette. À Gaza, aucune liste ne se revendique du Hamas, qui contrôle la région depuis 2007. Mahmoud Bader, un homme d’affaires de Tulkarem, exprime son scepticisme : « Indépendants ou venant d’un parti, les candidats ne changeront rien à la ville », déclare-t-il, soulignant que « c’est l’occupation qui dirige Tulkarem. » Cette opinion est partagée par de nombreux électeurs, qui se rendent aux urnes sans grande conviction.
À Gaza, ces élections représentent un moment historique, le premier scrutin local depuis les législatives de 2006, remportées par le Hamas. Ramiz Alakbarov, le Coordonnateur spécial adjoint de l’ONU pour le processus de paix au Moyen-Orient, a salué le déroulement de ces élections comme une opportunité pour les Palestiniens d’exercer leurs droits démocratiques, dans un contexte particulièrement difficile.
Un test pour l’Autorité palestinienne
Les élections à Deir al-Balah, où la population est restée relativement stable malgré les frappes israéliennes, sont perçues comme un test crucial pour l’Autorité palestinienne. Selon Jamal al-Fadi, expert en sciences politiques à l’université Al-Azhar au Caire, ce vote pourrait permettre d’évaluer le niveau de soutien dont bénéficie Mahmoud Abbas, qui est au pouvoir depuis 2005 sans avoir organisé d’élections générales.
Sa promesse d’organiser des élections présidentielles et législatives semble avoir été oubliée au fil des ans, laissant de nombreux citoyens perplexes quant à l’avenir politique de la Palestine. La Commission électorale a pris des mesures pour sécuriser les lieux de vote, faisant appel à une société de sécurité privée. Cependant, des sources à Gaza indiquent que la police du Hamas a insisté pour garantir la sécurité, en déployant du personnel non armé autour des centres de vote.
Un scrutin historique pour les jeunes électeurs
Farah Chaath, un habitant de Deir al-Balah, se réjouit de cette possibilité de voter pour la première fois à 25 ans, déclarant que cette élection « est une confirmation de notre présence continue dans la bande de Gaza malgré tout ». Ce sentiment d’espoir côtoie néanmoins une profonde résignation face aux réalités politiques.
La tenue de ce scrutin, bien qu’elle soit entachée d’incertitudes et de scepticisme, représente un moment important pour les Palestiniens qui aspirent à une forme de représentation démocratique. Les résultats de ces élections pourraient avoir des implications durables pour l’avenir politique de la région, alors que la population attend des signes de changement et d’amélioration de sa situation.