Iran : assouplissement du port du voile, mais les restrictions persistent

À Téhéran, des images de femmes sans voile se multiplient, défiant les normes vestimentaires imposées par la République islamique. Pourtant, cette évolution ne signifie pas nécessairement un changement dans la politique du gouvernement. Des voix s’élèvent pour rappeler que les droits des femmes demeurent limités et que l’obligation de porter le voile reste en vigueur.

EN BREF

  • Des femmes iraniennes se montrent sans voile, mais la loi reste appliquée.
  • Le port du hijab obligatoire est toujours imposé dans de nombreux lieux publics.
  • Les droits des femmes en Iran continuent d’être restreints malgré des signes de changement.

Depuis la mort de Mahsa Amini en septembre 2022, les manifestations ont mis en lumière les revendications pour plus de liberté en Iran. Cette tragédie a marqué le début d’une période de contestation qui a vu les femmes, en particulier, remettre en question les règles vestimentaires imposées par le gouvernement. Bien que l’application de ces règles ait semblé s’assouplir dans certains quartiers de Téhéran, les témoignages d’Iraniennes font état d’une réalité plus complexe.

Elnaz, une peintre de 32 ans vivant à Téhéran, souligne : « Ce n’est absolument pas le signe d’un changement de la part du gouvernement. Aucun progrès n’a été fait en matière de droits des femmes. » Son témoignage est partagé par de nombreuses autres femmes qui, tout en profitant de cet assouplissement, restent prudentes face aux limitations persistantes.

Le port du voile a été instauré peu après la Révolution islamique de 1979 et, malgré les apparences de liberté, il reste une obligation dans de nombreux contextes. Les femmes peuvent toujours être convoquées par les autorités pour ne pas avoir respecté cette règle. Dans des lieux tels que les banques et les établissements scolaires, le voile est toujours exigé.

Les cafés de Téhéran, où l’on commence à voir des femmes sans hijab, ont également payé un lourd tribut au cours des dernières années. Negin, propriétaire d’un café, raconte les multiples fermetures et amendes qu’elle a subies. « Ce qui me met encore plus en colère, c’est quand ils appellent ça la +liberté+ et qu’ils disent que les femmes sont plus libres », déclare-t-elle. Cette réalité contrastée met en lumière les difficultés rencontrées par ceux qui essaient de naviguer entre leur désir de liberté et les règlements stricts imposés par l’État.

Les droits des femmes sont encore très limités en Iran, où des milliers de personnes ont été arrêtées lors des manifestations récentes. Amnesty International souligne que la résistance au port du hijab a mis les autorités sous pression, même si elles continuent d’imposer cette obligation sur les lieux de travail, dans les universités et d’autres institutions publiques.

Dans les médias d’État, des femmes peuvent être vues sans hijab, mais uniquement si elles soutiennent le régime. Shahrzad, une femme au foyer de 39 ans, exprime son scepticisme : « De plus en plus de femmes surmontent leur peur chaque jour et osent sortir sans hijab, mais je ne vois aucun changement dans le système gouvernemental. » Cette ambivalence souligne le fossé entre l’image projetée par les médias et la réalité vécue par les femmes.

La situation varie selon les régions. À Mashhad, par exemple, les règles sont plus strictes. Mahsa, une étudiante de 32 ans, raconte que l’accès à divers lieux reste conditionné par le port du hijab. À Ispahan, une ville réputée pour son conservatisme, des femmes continuent d’être convoquées pour non-respect de l’obligation vestimentaire.

Maryam, une habitante d’Ispahan, précise que « si vous avez une activité sociale ou économique, on attend de vous que vous portiez le hijab ». Cette réalité met en exergue la pression sociale qui s’exerce sur les femmes au-delà des lois officielles.

La question demeure : cette relative tolérance vestimentaire va-t-elle perdurer ? Zahra, mère de famille, s’interroge sur l’avenir. « Nous avons payé un très lourd tribut pour en arriver là. Pour l’instant, les autorités sont simplement distraites par la guerre. Mais après, qui sait ce qu’ils feront ? » Cette inquiétude face à l’incertitude politique souligne les défis qui restent à relever pour les femmes en Iran.