Ce lundi, à Cajibio, dans le département du Cauca, une atmosphère de deuil et de colère s’est emparée des proches des 21 civils tués lors d’un attentat à la bombe survenu samedi. Les victimes, majoritairement des mères de famille, ont été honorées lors de funérailles où les participants ont exprimé leur désespoir face à la violence persistante en Colombie.
EN BREF
- 21 civils ont été tués par une bombe dans le département du Cauca.
- Les proches des victimes appellent à mettre fin à la violence.
- Le gouvernement colombien accuse des dissidents des Farc d’être responsables de l’attentat.
Lors des funérailles, Joao Valencia, un proche d’une des victimes, a déclaré : « Assez de violence, assez de morts ». Des centaines de participants, vêtus de blanc, ont manifesté leur chagrin en brandissant des drapeaux et des banderoles appelant au « respect de la vie » et à la paix. Les photos des défunts ont été exhibées, témoignant ainsi de l’impact tragique de cet attentat, qui a frappé une communauté déjà éprouvée.
Les victimes circulaient sur la route Panaméricaine reliant Cali et Popayan lorsqu’elles ont été touchées par une explosion d’une grande intensité. Les autorités attribuent cet acte à l’État-major central (EMC), une dissidence des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) qui n’a pas adhéré à l’accord de paix de 2016. Ce groupe, dirigé par Ivan Mordisco, est désormais l’un des principaux acteurs de la violence en Colombie.
Le ministre de la Défense, Pedro Sanchez, a accusé l’EMC de « crimes de guerre », soulignant que cette attaque s’inscrit dans une stratégie plus large visant à déstabiliser le gouvernement de Gustavo Petro, le premier président de gauche du pays. Les forces armées ont enregistré 31 actions attribuées à la guérilla dans plusieurs départements voisins depuis vendredi.
Angela Puliche, une résidente de Pedregosa et proche d’une des victimes, a exprimé son indignation : « Je ne veux pas qu’on nous entraîne dans ces guerres ». Le climat de peur s’intensifie à l’approche des élections présidentielles prévues pour le 31 mai, et les tensions politiques alimentent davantage la violence, selon divers analystes.
Laura Bonilla, directrice adjointe de la Fondation Paix et Réconciliation, a caractérisé les récents événements comme une manœuvre de contrôle sur la population civile. En parallèle, la sénatrice Paloma Valencia a fait état d’une menace d’assassinat la visant, attribuée à des dissidents de l’EMC, dénonçant un climat d’insécurité grandissant.
Le président Petro a quant à lui intensifié les opérations militaires contre ces groupes armés, qualifiant leurs membres de « terroristes ». Malgré ses efforts pour négocier la paix, les organisations armées continuent de se renforcer, avec des effectifs qui ont doublé en dix ans, atteignant près de 27 000 combattants.
Cette violence, exacerbée par des rivalités pour le contrôle des ressources, sape les efforts de paix et laisse la population dans une insécurité croissante. L’attentat à Cajibio est le plus meurtrier contre des civils depuis l’explosion de 2003 au club El Nogal à Bogotá, un tragique rappel des défis persistants auxquels la Colombie fait face dans sa quête de paix.