Après plusieurs mois de turbulences financières, la compagnie aérienne Air Antilles a été placée en liquidation judiciaire par le tribunal mixte de commerce de Pointe-à-Pitre. La décision, rendue ce lundi, met un terme à l’activité de la société, déjà clouée au sol depuis décembre dernier, et en redressement judiciaire depuis février 2023.
EN BREF
- Le tribunal a rejeté toutes les offres de reprise d’Air Antilles.
- La compagnie a accumulé un passif de plus de 56 millions d’euros.
- Air Caraïbes est désormais la seule compagnie à relier les territoires des Antilles françaises.
La liquidation judiciaire a été prononcée après que le tribunal a jugé que les offres de reprise n’étaient pas crédibles. Selon le jugement, « l’administrateur a conclu à l’impossibilité de présenter un plan de redressement » en raison des pertes d’exploitation persistantes et de l’ampleur du passif. La cessation immédiate de l’activité a ainsi été ordonnée.
Air Antilles, fondée en 2002, a desservi des destinations clés dans les Caraïbes françaises, notamment Saint-Barthélemy, Saint-Martin, la Guadeloupe et la Martinique. Cependant, la compagnie a eu du mal à se relever après la liquidation de sa société mère, le groupe Caire, en août 2023, malgré un soutien financier de 20 millions d’euros de la collectivité de Saint-Martin pour sa relance en juin 2024.
La décision de liquidation a suscité des réactions parmi les employés. Séverine Louisor Malborougt, déléguée du personnel, a exprimé un « grand soulagement » face à la clarté que représente cette décision après des mois d’incertitude. Elle a toutefois souligné l’épuisement des salariés, qui ont dû faire face à une situation difficile pendant trop longtemps.
Les syndicats avaient anticipé cette issue, comme l’a confirmé Brieuc Hardy, délégué syndical du SNPL France ALPA. Il a regretté que cette situation ait été prévisible et a fait état des alertes émises par les organisations syndicales sur la gouvernance en place, jugée « létale » pour le projet de l’entreprise.
Les offres de reprise ayant été présentées, aucune n’a su convaincre le tribunal. La proposition la plus sérieuse, menée par le consortium guadeloupéen Pewen, prévoyait de reprendre seulement 13 des 116 salariés. Bien que qualifiée de « projet industriel structuré », cette offre a été jugée insuffisante pour garantir le maintien de l’emploi, une condition essentielle pour toute reprise, selon le tribunal.
Une seconde offre, émanant de Karaibes Eco Rayonnance Consulting, a été retirée avant la décision finale, tandis qu’une troisième, portant uniquement sur un aéronef, ne prévoyait aucune reprise de personnel. Cette accumulation de propositions jugées inappropriées a conduit à la situation actuelle de liquidation.
Avec la fin d’Air Antilles, la compagnie Air Caraïbes est désormais la seule à assurer des liaisons entre les îles françaises des Caraïbes, soulignant ainsi l’importance de cette compagnie pour le désenclavement aérien de la région. La décision de liquidation judiciaire d’Air Antilles marque ainsi la fin d’une époque pour le transport aérien régional, laissant derrière elle des employés épuisés et un service vital pour de nombreuses communautés.