Le PS appelle à taxer les superprofits de TotalEnergies après des bénéfices records

Les récents bénéfices records de TotalEnergies, atteignant 5,8 milliards de dollars (4,96 milliards d’euros) au premier trimestre 2023, suscitent une vive réaction au sein de la classe politique française. Cette hausse de 51 % par rapport à l’année précédente met en lumière les enjeux économiques liés à la guerre au Moyen-Orient et à l’augmentation des prix du carburant. Face à cette situation, le Parti socialiste (PS) a décidé de passer à l’action en proposant l’instauration d’une taxe sur les superprofits des grandes entreprises pétrolières.

EN BREF

  • TotalEnergies annonce des bénéfices record de 5,8 milliards de dollars au premier trimestre 2023.
  • Le PS propose une taxe sur les superprofits pour financer des aides aux Français.
  • Le gouvernement se limite à des aides ciblées face à la hausse des prix du carburant.

Les députés socialistes, emmenés par Philippe Brun, dénoncent ce qu’ils considèrent comme une exploitation indue des consommateurs. « Vous imaginez, c’est le Père Noël pour eux, le détroit d’Ormuz! », a-t-il déclaré lors de son intervention dans l’émission Apolline Matin. Cette déclaration met en exergue l’ampleur de la situation : le prix du gazole a grimpé de 40 % en un an, tandis que le sans-plomb a augmenté de 25 %.

La proposition de taxe avancée par le PS pourrait rapporter environ deux milliards d’euros. Philippe Brun précise que l’objectif de cette mesure n’est pas de renflouer le déficit de l’État, mais plutôt de redistribuer cet argent aux Français, soit par une baisse de la TVA, comme l’a fait le gouvernement espagnol, soit par l’octroi de chèques aux ménages.

Brun souligne que les profits de TotalEnergies ne résultent pas d’innovations ou d’améliorations de service, mais d’une simple opportunité de profit en période de crise. « Ce n’est pas Total qui a inventé une essence avec laquelle on peut rouler 20 kilomètres de plus. », a-t-il ajouté, insistant sur le fait que ces bénéfices sont réalisés sur le dos des Français.

Dans ce contexte, il est à noter que TotalEnergies a anticipé la flambée des prix en constituant des stocks avant le début du conflit, ce qui a contribué à augmenter ses bénéfices. Ainsi, près d’un milliard de dollars (860 millions d’euros), soit 17,86 % des bénéfices réalisés au premier trimestre, proviennent de cette stratégie d’anticipation.

Arthur Delaporte, député du Calvados, soutient également la nécessité d’agir face aux « profiteurs de crise » afin de financer des aides pour les citoyens. « Il faut mettre à profit les profiteurs de crise pour refinancer les caisses de l’État et redistribuer cet argent aux Français qui en ont assez de payer pour les actionnaires de Total », a-t-il affirmé.

Toutefois, cette position suscite des réactions variées dans l’opinion publique. Jérémy, un chauffeur-livreur, exprime son incompréhension face à cette attaque contre TotalEnergies, qui a instauré un blocage des prix dans ses stations-service. Depuis le début du conflit, le groupe a maintenu un tarif à 1,99 euro le litre pour l’essence, mesure qui, selon lui, devait prendre fin à la fin du mois d’avril.

Dans un contexte où l’inflation et la hausse des prix pèsent lourdement sur le pouvoir d’achat des Français, le gouvernement, qui peine à répondre à ces défis économiques, se contente pour l’instant d’aides ciblées. Sébastien Lecornu, au Sénat, a récemment déclaré qu’il fallait réfléchir à des solutions efficaces et rapides pour redistribuer les bénéfices réalisés par les grands groupes.

En réponse aux critiques, TotalEnergies a confirmé qu’elle prolongera son plafonnement des prix à la pompe, sans préciser le montant exact. Un conseiller de l’exécutif a même souligné que ce blocage est une « protection unique au monde », tout en appelant à éviter un « Total bashing » excessif.

Le gouvernement, confronté à un déficit croissant, devra probablement prolonger ses aides au-delà de mai. Emmanuel Macron a déjà préparé les esprits en affirmant que le « contexte géopolitique était hautement incertain », ce qui rend la situation d’autant plus délicate pour les décideurs politiques.