À Almaraz, l’inquiétude grandissante face à la fermeture de la centrale nucléaire espagnole

Dans le village d’Almaraz, en Espagne, l’avenir de la plus grande centrale nucléaire du pays suscite de vives inquiétudes. Alors que le gouvernement doit se prononcer avant cet automne sur la fermeture prévue de l’installation, la communauté locale redoute un désastre économique et social. La centrale, qui fournit 7 % de l’électricité nationale, est au cœur des préoccupations des habitants, des employés et des entrepreneurs de la région.

EN BREF

  • La fermeture de la centrale d’Almaraz, prévue pour 2028, est contestée par des actionnaires.
  • Des centaines d’emplois et une vitalité économique menacés dans la région d’Estrémadure.
  • Un collectif local milite pour le maintien de l’activité de la centrale et l’avenir des habitants.

José Antonio Morgado, un mécanicien de 59 ans, témoigne de ses craintes alors qu’il savoure un repas dans le restaurant local, lieu de rencontre pour les nombreux employés de la centrale. Travaillant sur le site depuis 1989, il évoque l’impact financier que pourrait avoir la fermeture de la centrale, qui représente des salaires élevés dans une région défavorisée. « C’est triste qu’ils veuillent la fermer », confie-t-il, soulignant l’importance de la centrale pour sa vie professionnelle.

La centrale, inaugurée dans les années 1980, est un pilier économique pour le village d’Almaraz, comptant environ 1 500 habitants. David Martín, le gérant du restaurant, estime que la fermeture de la centrale entraînerait une chute drastique du nombre de repas servis, rendant l’avenir de son établissement incertain. « Ce serait un désert ici », met-il en garde.

Face à cette situation, un collectif citoyen, intitulé « Sí a Almaraz, Sí al Futuro », a été formé début 2025. À sa tête, Fernando Sánchez Castilla, un employé de la centrale et maire d’une commune voisine, avertit que « des dizaines de communes sont condamnées à disparaître » si la centrale ferme. Il souligne que l’activité de la centrale représente 5 % du PIB régional et génère environ 4 000 emplois directs et indirects.

Quant à la centrale elle-même, elle a récemment obtenu un niveau d’excellence international en matière de sûreté nucléaire, selon Patricia Rubio Oviedo, responsable technique. Elle insiste sur le fait que l’énergie nucléaire joue un rôle crucial dans la stabilité de l’approvisionnement électrique, surtout quand les énergies renouvelables sont soumises à des fluctuations de production.

Pourtant, le gouvernement espagnol, dirigé par le Premier ministre Pedro Sánchez, semble s’engager vers une transition énergétique entièrement renouvelable. L’exécutif vise à réduire la part de l’électricité nucléaire à zéro d’ici 2035, tout en augmentant la part des énergies renouvelables à 81 % d’ici 2030. Cette volonté pourrait être mise à mal par les récentes recommandations de la Commission européenne, qui plaide pour le maintien des capacités nucléaires existantes.

Francisco del Pozo Campos, représentant de Greenpeace Espagne, appelle le gouvernement à faire preuve de courage en maintenant l’activité de la centrale. Il met en avant les enjeux financiers, notamment un surcoût potentiel pour les consommateurs et des pertes d’investissements dans les énergies renouvelables si la fermeture était décidée trop tôt.

Un avis technique de l’Autorité de sûreté nucléaire espagnole (CSN) est attendu en juillet, avant que le ministère de la Transition écologique ne rende sa décision finale d’ici fin octobre. En attendant, le ministère indique qu’il travaille sur des mesures d’accompagnement pour les travailleurs d’Almaraz, notamment des projets de reconversion professionnelle, comme l’ouverture d’une usine de batteries pour véhicules électriques à proximité.

Cependant, cette promesse ne semble pas suffire pour apaiser les inquiétudes des habitants. David Martín se demande : « Si ces familles s’en vont, qu’allons-nous faire ? » La situation à Almaraz reste donc précaire, entre espoir et incertitude, alors que le sort de la centrale pourrait sceller l’avenir d’une communauté déjà fragilisée.