Utiliser les feuilles de rhubarbe en compost : une méthode sûre pour votre potager

Chaque printemps, les magnifiques feuilles de rhubarbe s’imposent dans nos potagers. Alors que les tiges sont souvent réservées aux desserts, les feuilles, jugées toxiques, sont généralement écartées, soit en les mettant de côté, soit en les envoyant à la déchèterie. Pourtant, ces grandes feuilles peuvent devenir une ressource précieuse si l’on sait comment les gérer.

EN BREF

  • Les feuilles de rhubarbe peuvent enrichir le compost sans risque d’empoisonnement.
  • Un bon compostage décompose l’acide oxalique, rendant les feuilles inoffensives.
  • Des techniques spécifiques de préparation et de mélange sont nécessaires pour un compost réussi.

Le principal élément de préoccupation est le limbe, la partie large et verte de la feuille, qui contient de l’acide oxalique. Ce composé peut être irritant s’il est ingéré en grande quantité, tant pour les humains que pour les animaux. Toutefois, un compost actif fonctionne différemment d’un système digestif. Dans le tas, les bactéries, champignons et vers de terre transforment les feuilles en eau, en gaz carbonique et en nutriments simples. Ainsi, le compost mûr ne présente plus d’acide oxalique intact, et les plantes n’en absorbent que les éléments de base, semblablement à d’autres plantes jugées toxiques, comme les fanes de pommes de terre.

Pour récolter la rhubarbe de manière responsable, il est conseillé de prélever seulement un tiers des tiges. Cela permet de préserver la vitalité de la touffe. Il suffit de tenir le pétiole d’une main tout en le vrillant à la base pour le détacher, puis de couper la grande feuille avec un sécateur propre avant de la déposer dans le seau à compost.

Les feuilles doivent ensuite être découpées en morceaux de 5 à 8 cm et mélangées à des matières brunes, telles que des feuilles mortes, de la paille ou du carton brun non imprimé. Une bonne règle est d’ajouter une poignée de matières brunes pour deux poignées de feuilles vertes, afin d’éviter un excès d’humidité. Ce mélange doit être enfoncé au cœur du tas, en évitant un compactage, et doit être brassé après environ dix jours si une odeur aigre se fait sentir.

Une fois découpées et bien mélangées, les feuilles de rhubarbe favoriseront la chaleur dans le compost. Les microbes et vers dégraderont l’acide oxalique en nutriments inoffensifs. Pour une utilisation immédiate, il est également possible de réserver quelques limbes pour un paillage temporaire autour des tomates ou des courgettes, avant de les envoyer au compost dès qu’elles commencent à brunir.

À éviter absolument : étaler une couche épaisse de feuilles entières directement sur le tas, sans matières brunes ni brassage. Cela pourrait étouffer le compost, entraînant un phénomène de fermentation qui pourrait dégager des odeurs désagréables.

Avant même d’atteindre le composteur, les grandes feuilles de rhubarbe peuvent servir de paillage express entre les rangs de tomates, courgettes ou arbustes. En plaçant une seule couche, avec les nervures en contact avec le sol, elles commenceront à se décomposer en une quinzaine de jours. Une autre méthode consiste à les faire macérer brièvement dans l’eau pour créer un purin répulsif, à utiliser rapidement contre les pucerons.

Après leur passage dans le tas, les feuilles de rhubarbe donneront un compost brun, friable, au parfum rappelant la forêt après la pluie. Si des morceaux verts ou très fibreux demeurent, il suffira de patienter deux à trois semaines. Ensuite, une fine couche de compost autour des fraisiers ou des jeunes plants améliorera la structure du sol, tout en ne présentant aucun risque d’empoisonnement pour votre potager.