La justice française reconsidère le non-lieu pour Agathe Habyarimana dans le génocide rwandais

Les regards se tournent à nouveau vers l’ancien régime rwandais alors que la justice française examine le non-lieu accordé à Agathe Habyarimana, veuve du président rwandais Juvénal Habyarimana. Ce mercredi, la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris doit se prononcer sur l’appel interjeté par le Parquet national antiterroriste (Pnat) et les parties civiles concernant cette décision de 2025.

EN BREF

  • La justice française réévalue le non-lieu accordé à Agathe Habyarimana.
  • Elle est accusée de complicité de génocide depuis 2007, sans mise en examen.
  • Le Pnat et des associations civiles réclament une poursuite des investigations.

Agathe Habyarimana, âgée de 83 ans, est accusée d’avoir joué un rôle essentiel dans le génocide rwandais de 1994, qui a causé la mort de près de 800 000 personnes, principalement des Tutsis. Cette tragédie a été déclenchée par l’assassinat de son mari, Juvénal Habyarimana, le 6 avril 1994. Depuis 2007, elle fait l’objet d’une enquête en France pour complicité de génocide et de crimes contre l’humanité, une procédure qui a suscité de vives controverses.

Le Pnat, qui a récemment fait appel de la décision de non-lieu, a exprimé des doutes quant à la conclusion des juges d’instruction. Dans leur ordonnance rendue en août 2025, ces derniers avaient estimé qu’il n’existait pas de charges suffisantes pour impliquer Mme Habyarimana dans des actes de génocide. Selon eux, elle ne serait pas considérée comme auteure du génocide, mais plutôt comme une victime de l’attentat ayant coûté la vie à son mari et à d’autres proches.

Cependant, le Pnat a soutenu que des indices « graves ou concordants » pourraient prouver son implication dans un « but génocidaire ». Le réquisitoire du 16 janvier a mis en avant des éléments matériels et moraux qui justifieraient une mise en examen. Les associations parties civiles, qui estiment qu’Agathe Habyarimana faisait partie de l’ »Akazu », un groupe de pouvoir hutu, s’opposent fermement à la décision de non-lieu.

Cette situation met en lumière les tensions persistantes autour du passé colonial et des responsabilités dans le génocide. Plusieurs experts et historiens ont critiqué la décision de non-lieu, soulignant que cela pourrait nuire à la recherche de la vérité historique. Dans une tribune publiée dans Le Monde, 56 personnalités ont exprimé leur inquiétude face à l’absence de prise en compte des travaux historiques sur l’Akazu et son rôle pendant le génocide.

Me Patrick Baudouin, avocat de la Ligue des droits de l’Homme, a exprimé l’espoir que la justice française ne cède pas à l’impunité. De son côté, l’avocat d’Agathe Habyarimana, Philippe Meilhac, a défendu sa cliente, affirmant qu’elle avait été entendue à plusieurs reprises uniquement en tant que témoin assisté. Il a déclaré que tous les actes nécessaires à l’enquête avaient été réalisés et que, après 19 ans de procédure, un non-lieu serait la seule issue raisonnable.

Agathe Habyarimana a été exfiltrée d’Afrique vers l’Europe peu après le début des massacres, à la demande de François Mitterrand, alors président de la France. Depuis, le pays a refusé de l’extrader vers le Rwanda, malgré les demandes de ce dernier, sans toutefois lui accorder l’asile.

La décision de la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris est attendue avec impatience, car elle pourrait marquer un tournant dans une affaire qui soulève des questions éthiques et historiques profondes. La justice doit-elle poursuivre les investigations ou laisser le non-lieu en vigueur, au risque d’ouvrir des blessures encore béantes ?

Ce cas illustre les défis juridiques et moraux liés à la recherche de la vérité sur le génocide rwandais, un événement qui continue d’influencer les relations entre la France et le Rwanda, mais également la perception du rôle de la France dans cette tragédie. Les attentes sont grandes quant à la décision qui sera rendue, reflétant les tensions et les douleurs d’un passé encore présent.