Rétention d’étrangers dangereux : l’Assemblée adopte un texte controversé

Le 11 décembre 2025, l’Assemblée nationale a adopté un texte législatif visant à prolonger la durée de rétention administrative des étrangers en situation irrégulière jugés dangereux. Ce projet, soutenu par la droite et le gouvernement, a été voté après trois semaines de débats intenses, marqués par des tensions manifestes.

EN BREF

  • 345 députés ont voté pour la prolongation de la rétention administrative.
  • La rétention peut atteindre jusqu’à sept mois pour les étrangers condamnés pour des crimes graves.
  • Le texte inclut également des mesures de prévention contre le terrorisme.

La proposition de loi, portée par le député Renaissance Charles Rodwell, a reçu le soutien d’une large coalition allant du centre au Rassemblement national. En revanche, les députés de gauche ont exprimé leur opposition, arguant qu’il s’agit d’une mesure inefficace et symbolique.

Le texte autorise la rétention administrative d’étrangers menacés d’expulsion, avec une durée portée à 210 jours pour ceux ayant déjà purgé des peines de prison d’au moins trois ans pour des infractions graves. Environ 40.000 personnes ont été retenues dans des centres de rétention administrative en 2024, selon les associations qui dénoncent les conditions d’hébergement et le manque d’efficacité de telles mesures.

Cette nouvelle loi fait suite à une précédente censure du Conseil constitutionnel, qui avait jugé une mesure similaire disproportionnée. Pour répondre aux critiques formulées par les Sages, le texte a été révisé afin de ne concerner qu’un nombre restreint de cas, estimé à quelques dizaines par an.

Le Premier ministre Sébastien Lecornu a salué cette initiative, la qualifiant de « texte complet et opérationnel ». Il a ajouté que cette loi vise à équilibrer la protection des libertés publiques avec les impératifs de sécurité.

Un autre aspect important de la loi est la création d’une « injonction d’examen psychiatrique », qui permet aux autorités de contraindre certaines personnes à se soumettre à un examen en vue de prévenir des actes terroristes. Ce dispositif s’applique aux individus ayant montré une adhésion à des théories extrémistes et ayant présenté des comportements inquiétants.

Les critiques ne se sont pas fait attendre. La députée socialiste Céline Hervieu a dénoncé une « loi de communication » qui, selon elle, pourrait entraîner une dérive vers une forme de détention sans procès.

La proposition de loi sera soumise au Sénat pour un examen prévu le 20 mai. Charles Rodwell espère une adoption définitive avant la clôture des travaux parlementaires cet été.

Cette initiative législative soulève des interrogations sur la manière dont la France gère la situation des étrangers en situation irrégulière et les défis posés par la sécurité intérieure. Les tensions politiques autour de cette question ne manquent pas de susciter des débats passionnés, tant au sein des institutions que dans l’opinion publique.