Marins en détresse : 20 000 otages dans le Golfe face à la guerre et aux pénuries

Les marins coincés dans les eaux du Golfe vivent une situation critique. Ce mercredi 6 mai, Donald Trump a annoncé la suspension de son « Projet Liberté », une initiative censée permettre l’escorte sécurisée des navires à travers le détroit d’Ormuz, bloqué depuis le début de la guerre en Iran le 28 février dernier. Bien que le président américain ait qualifié cette opération de « geste humanitaire », seuls deux navires marchands ont pu traverser le détroit, laissant environ 20 000 marins dans une situation de vulnérabilité extrême.

EN BREF

  • 20 000 marins sont bloqués dans le Golfe, confrontés à des conditions de vie alarmantes.
  • Des incidents récents ont blessé des membres d’équipage, accentuant la peur parmi les marins.
  • Les syndicats se battent pour garantir des droits et des protections pour ces marins en détresse.

Le 5 mai, le porte-conteneurs San Antonio, sous pavillon français, a été touché par des tirs dans le détroit d’Ormuz, blessant plusieurs membres de l’équipage qui ont dû être évacués. Emmanuel Chalard, secrétaire général de la Fédération des officiers de la Marine marchande CGT (FOMM-CGT), a signalé que cinquante marins français sont actuellement bloqués, soit à quai, soit dans des zones de mouillage. Les syndicats CFE-CGC Marine rapportent également la présence de 27 marins français dans la même situation.

La peur et l’incertitude rythment le quotidien de ces marins. Un marin français, s’exprimant sous couvert d’anonymat, a déclaré : « Les drones et les missiles nous survolaient. On entendait des interceptions. » Ce contraste entre les assurances de sécurité et la réalité sur le terrain crée un climat de tension palpable.

Julie Mazella, secrétaire générale de CFE-CGC Marine, a précisé que les marins ne peuvent pas accéder au pont pour éviter d’être blessés par des débris en cas d’interception de missiles. Ce quotidien sous tension engendre un stress émotionnel fort, touchant non seulement les marins, mais également leurs familles, comme elle l’a souligné.

Le 24 avril, l’Organisation maritime internationale a recensé 29 incidents ayant touché des navires marchands, entraînant la mort de dix personnes et un disparu. La sécurité est devenue une préoccupation majeure, mais les conditions de vie à bord se détériorent également. Emmanuel Chalard a alerté le 1er mai sur le rationnement en eau potable et en nourriture, une situation jugée inacceptable.

Vaggelis Dimakis, un marin grec, a partagé son expérience dans un journal de bord, signalant la nécessité de rationner non seulement l’eau, mais aussi la nourriture et le carburant. Dans ce contexte difficile, certains marins tentent de créer une atmosphère plus légère en diffusant de la musique depuis leur radio. Toutefois, cette vie suspendue est souvent perçue comme démoralisante.

« Notre vocation c’est de naviguer, pas d’être gardiens de phare », a rappelé Emmanuel Chalard, exprimant le désespoir des marins face à une situation qui semble sans issue. Pour passer le temps, ils s’occupent des tâches d’entretien de leur navire, mais la perte de sens est omniprésente.

En dépit de cette situation critique, les marins sous pavillon français bénéficient d’un soutien syndical. Les syndicats œuvrent pour garantir des droits tels que le doublement du salaire de base et des primes de risque. Julie Mazella a ajouté que tous les marins français avaient été relevés au moins une fois, bien que ce « volontariat » puisse être motivé par la peur de perdre leur emploi.

Cependant, la situation est inégale. Emmanuel Chalard a averti que certains pays et armateurs sont moins regardants sur les conditions de vie de leurs marins. Avec des navires de plus de 25 ans et des équipages internationaux, il existe un risque accru d’abandon, surtout en période de guerre où les coûts de rapatriement explosent.

Le phénomène d’abandon de marins, déjà présent en temps de paix, pourrait se renforcer. La difficulté d’identifier les propriétaires de navires battant pavillon de libre immatriculation, comme le Liberia ou le Panama, complique la situation. « Des centaines de marins sont abandonnés chaque mois », a averti Emmanuel Chalard, soulignant l’urgence de la situation et l’impératif d’une action rapide pour protéger ces travailleurs en mer.