La réputation de Saint-Tropez, véritable sanctuaire pour milliardaires et amateurs de yachts, est entachée par une affaire de corruption qui impliquera prochainement dix personnes. Ces individus, comprenant des maîtres de port et des employés, seront jugés en novembre pour avoir mis en place un système de favoritisme lié à l’accès aux emplacements les plus prisés du port.
EN BREF
- Dix personnes seront jugées pour corruption au port de Saint-Tropez en novembre.
- Un système de favoritisme aurait été instauré pour l’attribution des emplacements.
- La mairie, victime de cette fraude, a engagé des réformes internes.
Le procureur de Draguignan, Pierre Couttenier, a révélé que ce « système de corruption » aurait été en place depuis plusieurs années, affectant le fonctionnement du vieux port, qui ne compte que 30 places pour des yachts mesurant plus de 18 mètres. Avec une forte demande en raison de la popularité croissante de la localité, les propriétaires de yachts de luxe sont en quête des meilleures places, exacerbant les tensions et les tentations de corruption.
Saint-Tropez, bien que possédant plus de 730 emplacements pour les bateaux, voit la moitié de ces places occupées par des plaisanciers locaux. Les emplacements les plus prisés, situés sur le vieux port, sont particulièrement convoités en période estivale, lorsque de nombreuses célébrités affluent dans cette destination emblématique.
Face à la demande accrue, la municipalité a limité les escales à trois jours par bateau, afin de favoriser le roulement et l’animation. Cependant, cette mesure a eu pour effet d’augmenter la convoitise, à l’opposé de ce qui se pratique sur des quais comme celui d’Antibes, où les yachts peuvent rester presque toute l’année. Le directeur général des services de la mairie, Benoît Ravix, a indiqué qu’en haute saison, 50 à 90 bateaux sont souvent en liste d’attente pour chaque emplacement du vieux port.
Les personnes mises en cause sont soupçonnées d’avoir contourné le système de réservation en place, attribuant directement des places moyennant des paiements illégaux. Un ancien agent portuaire a joué un rôle clé dans cette enquête en dénonçant ses collègues, affirmant qu’ils exigeaient entre 1 000 et 15 000 euros en liquide, en plus des coûts officiels qui peuvent atteindre 5 000 euros la nuit.
Les actions des enquêteurs ont permis de saisir des fonds d’une valeur de 856 000 euros, et le montant total des sommes perçues est estimé à environ deux millions d’euros.
Le procès des dix accusés est programmé pour le 23 novembre devant le tribunal correctionnel de Draguignan. La mairie de Saint-Tropez, qui a collaboré à l’enquête, a également annoncé son intention de se constituer partie civile. Benoît Ravix a exprimé que la municipalité se considère comme une victime de cette affaire, subissant un préjudice d’image conséquent.
Pour éviter de telles dérives à l’avenir, des réformes internes ont été lancées. Six agents suspects ont déjà quitté leurs fonctions, et la mairie a entrepris une réorganisation complète de ses services. La mise en place d’un audit permanent et la création d’une direction administrative et financière pour le port sont également prévues.
Les réservations se font dorénavant exclusivement via une plateforme nommée Magellan, qui fonctionne sur un principe de premier arrivé, premier servi. Les paiements sont effectués à l’avance, et les contrôles se concentrent principalement sur la vérification des documents des bateaux et leur conformité avec les caractéristiques des emplacements réservés.
Saint-Tropez, autrefois petit port de pêche, a gagné une renommée internationale grâce à des films emblématiques. Chaque été, la presqu’île voit sa population exploser, attirée par la jet-set et les curieux désireux de découvrir cet endroit mythique.