Sibyle Veil dénonce le rapport Alloncle sur l’audiovisuel public comme une menace pour l’indépendance

Dans un entretien accordé à La Tribune Dimanche, publié le 9 mai 2026, la présidente de Radio France, Sibyle Veil, a exprimé ses vives préoccupations concernant le rapport de Charles Alloncle sur l’audiovisuel public. Selon elle, ce rapport ne fait que nourrir les ambitions de ceux qui souhaiteraient voir cet audiovisuel placé sous tutelle, ce qui, d’après elle, conduirait à un recul significatif de l’indépendance des médias publics en France.

EN BREF

  • La présidente de Radio France critique le rapport Alloncle sur l’audiovisuel public.
  • 69 recommandations jugées comme une menace pour l’indépendance des médias.
  • Appel à une réflexion sur l’avenir de l’audiovisuel face aux évolutions technologiques.

Le rapport, publié mardi, décrit un audiovisuel public en « crise » et qui ne répondrait plus aux attentes des Français. Charles Alloncle, député UDR, a proposé des mesures drastiques pour faire face à cette situation, mais ses recommandations sont vite devenues controversées. En effet, plusieurs critiques, notamment de la part de la gauche et de députés du bloc central, l’accusent de vouloir affaiblir le secteur, voire de le privatiser.

Dans ce contexte, Sibyle Veil n’a pas hésité à affirmer que les recommandations de Charles Alloncle serviraient les intérêts de ceux qui visent à affaiblir l’audiovisuel public. Elle a souligné que son rapport représente un effort pour « asphyxier budgétairement » l’institution, voire la mettre sous tutelle.

« Ce qui ressort principalement, c’est un recul considérable de l’indépendance des médias publics », a-t-elle déclaré, en mettant en lumière la contradiction entre l’objectif de transparence affiché par la commission d’enquête et les recommandations proposées par Alloncle. La dirigeante a ainsi mis en exergue le fait que le rapport, fruit de six mois de travaux, pourrait amener à une situation où les dirigeants de l’audiovisuel public seraient nommés par le président de la République, ce qui, selon elle, fragiliserait encore davantage leur indépendance.

Les recommandations de Charles Alloncle incluent également des économies de plus d’un milliard d’euros sur les quatre milliards que reçoit actuellement l’audiovisuel public de l’État. Cette proposition a été interprétée comme un signe d’un affaiblissement historique du secteur, comme l’a souligné Delphine Ernotte Cunci, présidente de France Télévisions.

En outre, la pression financière accrue et le rattachement des médias publics au Premier ministre sont des éléments qui inquiètent Sibyle Veil. Elle a mis en garde contre les risques que cela représente pour l’intégrité et l’objectivité des médias, en soulignant que les médias d’État pourraient alors être perçus comme des instruments de propagande, semblables à ceux des régimes autoritaires.

Veil a également critiqué la vision du député Alloncle, qu’elle juge « datée », et a appelé à une réflexion plus approfondie sur les grands bouleversements technologiques qui transforment actuellement le paysage médiatique. Sa rencontre avec la nouvelle ministre de la Culture, Catherine Pégard, a été l’occasion d’aborder ces enjeux futurs, un échange qu’elle a qualifié de positif, en contraste avec les périodes précédentes sous Rachida Dati.

La présidente de Radio France semble déterminée à défendre l’indépendance de son institution face à ces pressions et à continuer de promouvoir un audiovisuel public fort et libre.