Hantavirus : l’épidémiologiste Antoine Flahault répond aux craintes d’une nouvelle pandémie

Alors que des cas d’hantavirus des Andes sont détectés, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) tente de rassurer la population. Le Pr. Antoine Flahault, épidémiologiste à l’université Paris Cité, nous éclaire sur les risques potentiels et la situation actuelle.

EN BREF

  • Des cas d’hantavirus des Andes détectés sur un bateau de croisière.
  • Le Pr. Flahault souligne l’importance de la coopération internationale pour la sécurité sanitaire.
  • Comparé à Ebola, l’hantavirus présente un risque de transmission différent mais élevé.

Le 10 mai 2026, cinq Français ont débarqué du bateau de croisière MV Hondius, sur lequel un cas positif à l’hantavirus des Andes a été signalé. La peur d’une épidémie similaire à celle du Covid-19 hante de nombreux esprits, mais l’OMS précise que l’hantavirus ne représente pas un nouveau Covid. Pour mieux appréhender cette situation, le Pr. Antoine Flahault a accepté de répondre à nos questions.

Les craintes face à l’hantavirus

À la lumière des récents événements, les inquiétudes sont compréhensibles. Le gouvernement a même renforcé son protocole sanitaire, imposant un isolement pour les cas contacts. Pourtant, le Pr. Flahault reste prudent dans ses prévisions. « Les épidémiologistes n’ont pas de boule de cristal », déclare-t-il. Il souligne que bien que le risque de propagation existe, il ne s’agit pas du scénario le plus probable. « Le virus des Andes est connu depuis plus de 30 ans, contrairement au SARS-CoV-2, et des vaccins sont en cours de développement », précise-t-il.

Transmission et mesures de prévention

La transmission de l’hantavirus par contact rapproché est souvent soulevée. Cependant, le Pr. Flahault rappelle que les connaissances sur ce virus restent incomplètes. « Nous avons une photographie floue des caractéristiques de ce virus », avoue-t-il. Les incertitudes persistent quant à la transmissibilité et aux moyens de contrôle.

Malgré tout, il existe des indications que le virus pourrait être moins transmissible que d’autres. « Un événement de super-propagation a été rapporté, mais cela ne signifie pas que nous sommes face à une transmission communautaire classique », explique-t-il. La contamination par voie aérosol reste la voie privilégiée, bien que les contacts rapprochés puissent également jouer un rôle.

En matière de protection, le Pr. Flahault est confiant quant à l’efficacité des masques FFP2 pour réduire le risque de contamination. « Le port de masque devrait être efficace contre ce virus », assure-t-il.

Comparaisons avec d’autres virus

La comparaison entre l’hantavirus et Ebola a également été discutée. Le Pr. Flahault met en avant les différences majeures : le virus Ebola se transmet par contact direct avec des fluides corporels, tandis que l’hantavirus se propage par voie respiratoire. Toutefois, il souligne que la virulence des deux agents infectieux présente des similitudes. « La létalité de l’Ebola est entre 20 et 70%, alors que celle du virus des Andes est entre 30 et 50%. » Ce constat rappelle combien il est crucial de rester vigilant.

Dans le contexte actuel, la coopération internationale est plus que jamais nécessaire. L’épidémiologiste met en garde contre les conséquences de l’absence de coordination, notamment avec des pays comme les États-Unis ou l’Argentine qui ont quitté l’OMS. « Cela fragilise la sécurité sanitaire mondiale », conclut-il.

La situation reste donc sous surveillance, et bien que des craintes légitimes existent, le Pr. Flahault appelle à la prudence et à la coopération pour naviguer dans cette période d’incertitude. Les leçons tirées de la pandémie de Covid-19 doivent guider les actions futures, afin de protéger la santé publique.