Félix Bingui, figure marseillaise du narcotrafic, jugé aux côtés de 19 complices

Ce lundi, le procès de Félix Bingui, considéré comme le « chef incontesté » du clan Yoda, s’ouvre devant la 7ème chambre du tribunal correctionnel de Marseille. Cet événement judiciaire, qui s’étendra sur trois semaines, met en lumière les conséquences tragiques d’une guerre de territoires entre deux grands réseaux de narcotrafic : les Yoda et la DZ Mafia.

EN BREF

  • Félix Bingui, figure du narcotrafic marseillais, comparaît avec 19 complices.
  • Le procès, prévu jusqu’au 5 juin, porte sur des accusations de trafic et blanchiment.
  • Les rivalités entre gangs ont provoqué une vague de violence à Marseille en 2023.

À 35 ans, Félix Bingui affiche un casier judiciaire déjà bien garni, avec 13 mentions pour des délits allant des vols à la détention d’armes, en passant par le trafic de stupéfiants. Sa dernière condamnation, infligée en octobre 2024, le voit purger une peine de six ans de prison à Casablanca, au Maroc, avant son extradition vers la France en janvier 2025.

Ce procès met en lumière le fonctionnement d’un réseau bien rodé, opérant principalement dans les quartiers Nord de Marseille, notamment dans le secteur de « La Fontaine », connu pour être l’un des principaux points de vente de drogue. La cité de la Paternelle, où se situe ce point de deal, a été le théâtre d’une guerre de gang qui a éclaté début 2023, marquée par une concurrence acharnée entre les Yoda et la DZ Mafia.

Les tensions se sont intensifiées suite à une violente altercation entre Félix Bingui et Abdelatif Mehdi Laribi, figure de la DZ Mafia, dans une boîte de nuit à Phuket, en Thaïlande. Cet affrontement a été suivi d’une escalade de violence à Marseille, avec un nombre record de narchomicides, dont 35 directement liés à cette rivalité.

En mai 2023, la situation a atteint un point critique avec l’assassinat de membres éminents du clan Yoda, dont le beau-frère de Bingui. Ces événements ont contraint plusieurs membres du clan à fuir à l’étranger, accentuant le climat de peur et de violence qui règne dans la région.

Le procès de Bingui et de ses 19 coaccusés est également l’occasion d’explorer les moyens sophistiqués utilisés par le clan pour mener ses opérations. Les enquêteurs ont mis en évidence un réseau organisé, utilisant des appartements « nourrices », des lignes téléphoniques dédiées, ainsi que des communications cryptées. Bingui, qui alterne entre séjours à l’étranger et retours à Marseille, aurait réussi à établir un cercle restreint de proches pour gérer ces activités illicites.

Parmi ses complices figurent Mohamed Hussein Saleh, surnommé « Pirate », et Zine Eddine Belkai, responsable des points de vente. La question du train de vie extravagant des accusés sera également abordée lors des débats, où il sera démontré que beaucoup d’entre eux ne déclaraient aucun revenu, tout en multipliant les voyages en classe affaires et les achats de luxe.

Bingui, qui nie les accusations portées contre lui, possède des biens immobiliers à Dubaï, dont une villa acquise pour deux millions d’euros. Ce procès ne représente qu’une étape supplémentaire dans son long parcours judiciaire, puisqu’il a été mis en examen en février 2025 pour complicité de tentative d’assassinat dans une autre affaire, dont l’instruction reste en cours.

En somme, ce procès met en lumière non seulement les agissements d’un chef de gang marseillais, mais aussi les conséquences tragiques d’un environnement où la violence et la criminalité sont devenues des préoccupations majeures pour les autorités locales.

Les débats se déroulent dans un contexte tendu, peu de temps après le procès de deux autres figures présumées de la DZ Mafia, qui avaient été jugées dans une ambiance chaotique. Le tribunal d’Aix-en-Provence, qui a vu des incidents d’audience, souligne la gravité des enjeux liés à la criminalité organisée dans la région.