Face à la flambée des prix des engrais, l’Union européenne a décidé de réagir. Ce mardi, elle a annoncé le déblocage de fonds pour soutenir les agriculteurs qui souffrent de cette situation économique délicate. En puisant dans la « réserve agricole », Bruxelles met à disposition environ 200 millions d’euros pour l’année 2026, afin de soulager un secteur déjà éprouvé.
EN BREF
- L’UE débloque 200 millions d’euros pour aider les agriculteurs face à la hausse des engrais.
- Le prix des engrais a augmenté de 32% en raison du conflit au Moyen-Orient.
- Des organisations agricoles prévoient un rassemblement devant le Parlement européen.
La montée des prix des fertilisants a été particulièrement saisissante depuis la fin février. Les engrais azotés, par exemple, se vendent désormais autour de 500 euros la tonne, contre 380 euros l’hiver dernier. Ce phénomène trouve ses racines dans le conflit au Moyen-Orient, où 30 % des engrais mondiaux transitent par le détroit d’Ormuz, actuellement bloqué par l’Iran. À cela s’ajoute l’augmentation du coût du gazole, qui impacte les exploitants agricoles et pousse de nombreux États à mettre en place des mesures pour limiter les coûts.
La Commission européenne, sous pression croissante, avait déjà annoncé des mesures en faveur des agriculteurs avant le début du conflit. Tiffanie Stephani, représentante de Yara, l’un des principaux producteurs d’engrais en Europe, souligne que la guerre a mis en lumière l’importance stratégique de ce secteur. Il est impératif d’agir rapidement pour soutenir les agriculteurs.
Le plan d’action de l’UE doit être présenté ce mardi. Cependant, des organisations agricoles, telles que le Copa-Cogeca, prévoient de manifester devant le Parlement européen à Strasbourg. Elles mettent en garde : « Les agriculteurs abordent la prochaine saison d’achat d’engrais dans un climat d’extrême incertitude, tant sur les coûts que sur la disponibilité des engrais. »
Une situation alarmante pour les céréaliers
La situation est particulièrement préoccupante pour les céréaliers, qui sont de gros consommateurs d’engrais. Depuis trois ans, ils subissent les conséquences d’une récolte de blé catastrophique en 2024, combinée à une année 2025 marquée par des prix d’engrais très élevés et un blé se vendant en dessous de 200 euros la tonne en France. Cette situation est exacerbée par une concurrence internationale accrue.
Au-delà d’une réponse immédiate, l’Union européenne s’engage à agir sur le long terme. Deux priorités se dégagent : la diversification des approvisionnements et l’augmentation de la production européenne. Pour ce faire, Bruxelles envisage d’assouplir ses règles concernant les nitrates. Cela permettrait aux agriculteurs d’utiliser davantage de digestats, des résidus issus de la méthanisation des déchets organiques, comme alternative aux engrais chimiques. Néanmoins, cette mesure suscite des inquiétudes parmi les organisations environnementales, qui craignent des risques de pollution des eaux.
Des décisions controversées
Malgré les pressions exercées par plusieurs pays, dont la France, l’exécutif européen a décidé de maintenir sa taxe carbone aux frontières (CBAM) sur les engrais, en vigueur depuis le 1er janvier. Cette taxe vise à décarboner le secteur et à soutenir les producteurs européens. Une porte-parole de la Commission a précisé que des mesures avaient déjà été prises pour aider les agriculteurs, notamment la suppression temporaire des droits de douane sur les fertilisants, à l’exception de ceux en provenance de Russie et de Biélorussie.
Remettre en question cette taxe pourrait créer un précédent néfaste pour d’autres secteurs polluants, tels que l’acier, l’aluminium ou le ciment. Tiffanie Stephani affirme que ce mécanisme est essentiel pour garantir une concurrence équitable pour les producteurs européens qui cherchent à accroître leur production.
Enfin, l’Union européenne a décidé de maintenir l’augmentation progressive des taxes sur les engrais russes et biélorusses, afin de se défaire des ressources qui financent la guerre en Ukraine. Cette stratégie vise à réduire la dépendance de l’UE face à ces pays, tout en protégeant le marché intérieur.