La disparition d’Isak Andic, le créateur de la marque Mango, soulève des questions sur l’héritage qu’il laisse derrière lui. Bien plus qu’un simple entrepreneur de mode, Andic a constitué un patrimoine impressionnant, incluant un jet privé de 60 millions d’euros, un superyacht écologique et une collection d’œuvres d’art inestimables. Cet héritage, cependant, se révèle bien plus complexe qu’un simple inventaire de luxe, tant sur le plan matériel que sur celui des relations familiales.
EN BREF
- Isak Andic, fondateur de Mango, laisse un héritage comprenant un jet, un yacht et une collection d’art.
- La succession est compliquée par des tensions familiales et des enquêtes judiciaires.
- Les futures décisions sur cet héritage sont suspendues à la justice et aux choix des héritiers.
Au siège de Mango, situé à une trentaine de kilomètres de Barcelone, une majestueuse statue de huit mètres, intitulée House of Knowledge et réalisée par Jaume Plensa, accueille chaque visiteur. Elle symbolise la passion d’Andic pour l’art, un intérêt qu’il a cultivé depuis sa jeunesse. Sa collection personnelle, riche de pièces signées Barceló, Miró, Picasso et Tàpies, reflète son goût raffiné, guidé par la passion plutôt que par la spéculation.
Andic était également un mécène reconnu, soutenant des institutions telles que le MACBA à Barcelone et participant à des événements culturels comme les foires ARCO et SWAB. Il avait même envisagé de créer une fondation caritative, projet qui reste en suspens suite à son décès.
Parmi les biens les plus remarquables de son patrimoine figure le Nirvana Formentera, un voilier de 53 mètres, classé parmi les superyachts les plus écologiques. Son design novateur lui permet d’accoster presque partout, avec la capacité d’accueillir jusqu’à douze passagers. Cependant, son coût d’entretien annuel, estimé à 2,5 millions d’euros, soulève des questions sur sa viabilité future. Actuellement amarré à Palma de Majorque, le yacht n’a pas navigué depuis la mort de son propriétaire.
Un autre actif impressionnant est le Bombardier Global 7500, un jet privé qui peut relier Barcelone à Tokyo sans escale. Son prix catalogue dépasse les 60 millions d’euros, mais lui aussi est cloué au sol depuis le décès d’Andic. Cette situation met en lumière un paradoxe : posséder de tels biens ne garantit pas leur bonne gestion à long terme.
La succession d’Andic est d’autant plus complexe qu’elle implique ses trois enfants — Jonathan, Judith et Sarah Andic. Tandis que les deux sœurs poursuivent l’engagement artistique familial en tant que mécènes du MACBA Studio, le flambeau des autres activités philanthropiques de leur père demeure sans héritier désigné. Les tensions au sein de la famille se sont exacerbées après l’arrestation de Jonathan, soupçonné de jouer un rôle dans les circonstances entourant la mort de leur père. Bien qu’il ait été libéré sous caution d’un million d’euros, il fait toujours l’objet d’une enquête pour homicide potentiel.
Cette situation rend l’avenir des actifs d’Andic incertain. Les décisions concernant le jet, le yacht et la collection d’art dépendent désormais non seulement des héritiers, mais aussi de l’issue des procédures judiciaires en cours. La question demeure : cet héritage nourrira-t-il l’art et la philanthropie, ou se verra-t-il disséqué aux enchères, perdant ainsi son âme ? L’avenir de cet empire matériel, marqué par un Picasso accroché au mur, un voilier à quai et un jet immobilisé, reste suspendu à la volonté de la justice espagnole et à celle de trois enfants dont les chemins semblent désormais divergents.