La famille de Theo Sanha porte plainte contre l’État après sa mort en prison

La famille de Theo Sanha, jeune homme décédé dans sa cellule à la prison de Fresnes en 2022, a décidé de saisir la justice administrative. Elle accuse l’État d’avoir « laissé sombrer » leur proche, en raison de négligences graves dans sa prise en charge.

EN BREF

  • Theo Sanha est décédé en prison le jour de son audience judiciaire.
  • Sa famille accuse l’État de négligence et demande des réparations financières.
  • Une enquête pour homicide involontaire est en cours.

Écroué depuis le 2 décembre 2021, Theo Sanha, âgé de 28 ans, devait être jugé en comparution immédiate pour des infractions liées à un contrôle administratif. Malheureusement, le jour de son procès, sa mère a appris qu’il avait été retrouvé mort dans sa cellule, une scène tragique marquée par des conditions déplorables.

Son corps a été découvert en position fœtale, nu et baignant dans l’urine, dans une cellule envahie par des déchets. Ce constat a suscité une indignation profonde au sein de sa famille, qui estime que l’État a failli à sa mission de protection des détenus.

Dans un rapport publié en mars 2022, l’Inspection générale de la justice (IGJ) a dénoncé une série de « défaillances » et de « négligences », qui ont conduit à l’abandon de Theo Sanha. Bien qu’il ait eu plusieurs antécédents judiciaires pour des vols et des escroqueries, son état de santé mentale aurait dû déclencher une intervention appropriée, selon l’IGJ.

Une juge d’instruction a été désignée en septembre 2023 pour enquêter sur les circonstances de sa mort, notamment sur des accusations d’homicide involontaire et de non-assistance à personne en danger. Le directeur de la maison d’arrêt de Fresnes, Jimmy Delliste, a reconnu, lors de son audition, que Sanha aurait mérité une prise en charge médicale adéquate plutôt qu’une détention.

La famille, qui se sent « trahie » par l’État, a déposé un recours devant le tribunal administratif de Melun, demandant réparation à hauteur de 50 000 euros pour préjudice moral et 5 000 euros pour frais de justice. Malgré des sanctions disciplinaires pour certains surveillants pour manquements lors de la nuit de sa mort, aucune mise en examen n’a été prononcée dans le cadre de l’enquête pénale.

Les conclusions préliminaires de l’enquête indiquent que le décès de Theo Sanha pourrait être d’origine naturelle et imprévisible, remettant en question les assertions de négligence avancées par sa famille. Les surveillants, bien que fautifs, n’auraient pas volontairement omis d’aider le détenu, selon les éléments recueillis.

Pourtant, la famille affirme que les conditions de détention et le manque d’attention portée à la santé mentale de Theo ont réduit ses chances de survie. Son avocat, Antoine Ory, a souligné l’incapacité de l’administration pénitentiaire à traiter correctement des détenus souffrant de troubles psychologiques. Il a révélé que la prison était au courant de la dégradation de l’état mental de Theo Sanha et l’a laissé dans une situation désespérée.

Les témoignages recueillis durant l’enquête dépeignent un homme en souffrance, dont le comportement s’est détérioré après son placement en unité pour détenus souffrant de troubles psychiatriques. Les descriptions de son état incluent des actes de désespoir tels que s’urinant dessus, se mutilant et adoptant des comportements étranges, comme mélanger de la nourriture avec du dentifrice.

Les experts judiciaires mandatés par la juge ont cependant considéré que les soins médicaux apportés étaient adaptés et que Theo ne s’était pas plaint avant son décès. Cette dynamique soulève des questions cruciales sur la prise en charge des détenus en détresse psychologique et sur la responsabilité de l’État dans ces tragédies.

Alors que l’enquête se poursuit et que la famille attend une justice qui semble encore lointaine, cette affaire met en lumière les défis auxquels fait face le système pénitentiaire français en matière de santé mentale et de droits des détenus.