Règles abondantes : alertes d’une gynécologue sur la banalisation de ce symptôme

En ce 28 mai, Journée mondiale pour la santé, la précarité et l’hygiène menstruelles, les règles abondantes continuent d’être trop souvent banalisées. Une enquête Ipsos révèle que 67 % des femmes sont touchées par ce phénomène, bien plus que les 40 % qui en parlent spontanément. Cette situation a des répercussions directes sur leur santé physique et mentale ainsi que sur leur quotidien. Il est alarmant de constater qu’une femme sur deux n’a jamais abordé ce sujet avec un professionnel de santé.

EN BREF

  • 67 % des femmes souffrent de règles abondantes, selon une enquête Ipsos.
  • Près de 50 % des femmes n’en parlent jamais à un médecin.
  • Le Dr Salma Touleimat met en garde contre la banalisation des symptômes.

Selon l’étude d’Ipsos, 55 % des femmes consultent principalement les réseaux sociaux et leurs amies pour discuter de leurs problèmes menstruels. De plus, 40 % d’entre elles ont déjà cherché des informations pour réduire leur flux. Ces chiffres soulignent un manque d’information et de sensibilisation sur le sujet. Pour éclairer ce phénomène, nous avons interrogé le Dr Salma Touleimat, gynécologue médicale et obstétrique au CHU de Rouen. Elle insiste sur l’importance de ne pas minimiser certains signes associés aux règles abondantes.

Comprendre les règles abondantes

Le diagnostic des règles abondantes repose sur l’impact concret sur la vie quotidienne. Le Dr Touleimat souligne que si des règles durent plus d’une semaine, cela peut indiquer un problème. “Des règles qui durent plus d’une semaine, ce n’est pas tout à fait normal. Même avec une abondance normale, on risque de développer des anémies et des fatigues,” explique-t-elle.

Le diagnostic s’appuie également sur la fréquence de changement des protections menstruelles. “Est-ce que vous devez vous changer la nuit ? Est-ce que vous changez vos tampons ou serviettes toutes les deux heures ? Est-ce que cela déborde sur vos vêtements ?” Ces questions sont cruciales pour comprendre la gravité de la situation.

Les Hospices Civils de Lyon définissent des règles comme abondantes lorsque le flux dépasse 80 ml par jour. Cela correspond à environ cinq CUP de taille moyenne remplies, plus de cinq tampons super plus ou plus de cinq serviettes hygiéniques super plus remplies.

Les causes des règles abondantes

Il est essentiel de ne pas confondre les règles abondantes avec des saignements en dehors des règles. Le Dr Touleimat précise que les gynécologues doivent systématiquement s’informer sur la coexistence de ces deux types de saignements, car les saignements hors règles peuvent signifier des problèmes plus graves.

Les causes des règles abondantes sont variées et peuvent être regroupées en deux catégories principales : les dérèglements hormonaux et les maladies de l’utérus. Les cycles irréguliers liés au syndrome ovarien métabolique polyendocrinien (SMOP), anciennement connu sous le nom de syndrome des ovaires polykystiques (SOPK), peuvent provoquer un épaississement de l’endomètre. Les femmes qui n’ont pas de règles pendant un certain temps peuvent connaître des règles très abondantes lorsqu’elles réapparaissent.

D’autres problèmes tels que les fibromes utérins ou l’adénomyose peuvent également provoquer des saignements abondants, des douleurs et des complications liées à l’infertilité. “Les fibromes peuvent engendrer des saignements, de la douleur et des problèmes de fertilité,” précise le Dr Touleimat.

Ne pas minimiser les symptômes

Le Dr Touleimat insiste sur le fait que les règles peuvent être à la fois abondantes et douloureuses, et que ces deux facteurs doivent être pris au sérieux lorsqu’ils impactent le quotidien. “Ne pas les négliger, si vous sentez que cela devient une contrainte, ce n’est pas normal,” affirme-t-elle.

Il est crucial de consulter un médecin, qu’il s’agisse d’un généraliste, d’un gynécologue ou d’une sage-femme. Dès que l’on ressent que ses règles sont plus abondantes que d’habitude, il est recommandé de demander un avis médical.

En matière de santé, il convient de privilégier les informations fiables et vérifiées. Les femmes doivent être encouragées à parler de leurs règles sans crainte de jugement. La banalisation de ce sujet ne devrait plus avoir sa place dans notre société.