Malvina, 42 ans, est frappĂ©e par une rĂ©alitĂ© insupportable : elle souffre dâhyperacousie, un trouble auditif qui transforme les bruits du quotidien en sources de douleur. Cette maladie, mĂ©connue et souvent ignorĂ©e, a radicalement changĂ© son existence depuis un concert en 2014.
EN BREF
- Malvina vit avec l’hyperacousie, une maladie qui rend les sons quotidiens insupportables.
- Elle a connu une errance mĂ©dicale de deux ans avant d’obtenir un diagnostic.
- Des efforts pour faire reconnaßtre cette maladie sont en cours auprÚs des autorités de santé.
Chaque matin, Malvina se retrouve confrontĂ©e Ă un monde devenu hostile. MĂȘme le bruit de son cafĂ© qui coule suffit Ă la faire fuir. Son quotidien est ponctuĂ© de bouchons dâoreilles quâelle utilise pour travailler sur son ordinateur. Le simple fait de faire les courses est devenu une Ă©preuve insurmontable. Son Ă©tat, bien quâinvisible, lui impose un handicap dont la reconnaissance reste incertaine.
Un parcours médical chaotique
AprĂšs avoir Ă©tĂ© exposĂ©e Ă un volume sonore Ă©levĂ© lors dâun concert de beatbox, la vie de Malvina a basculĂ©. « Je suis restĂ©e deux ans sans savoir ce que jâavais », confie-t-elle. Au fil des mois, elle consulte de nombreux spĂ©cialistes, mais rien ne semble rĂ©pondre Ă son mal. Les professionnels de santĂ© lui assĂšnent des phrases rassurantes telles que « Ăa va passer », ignorant l’ampleur de sa souffrance. Ce nâest qu’aprĂšs avoir entendu parler dâhyperacousie par un ami musicien que la vĂ©ritĂ© lui Ă©claire lâesprit. Mais cette rĂ©vĂ©lation ne fait quâamplifier son dĂ©sespoir face Ă lâinvaliditĂ© qui lâaccompagne.
« Ă contrecĆur, jâai dĂ» arrĂȘter mon activitĂ© de fleuriste », se souvient-elle. Les sorties, mĂȘme les plus banales, deviennent un combat. « Je ne peux plus quitter mon domicile sans mes bouchons dâoreilles », explique-t-elle, dĂ©peignant un quotidien devenu synonyme d’isolement. La joie de vivre qu’elle avait autrefois s’est Ă©vaporĂ©e, laissant place Ă une profonde mĂ©lancolie.
Une maladie méconnue
La question de la prĂ©valence de lâhyperacousie en France demeure sans rĂ©ponse. Selon Barbara Bertin, fondatrice de lâassociation « Hyperacousie SolidaritĂ© », aucune Ă©tude nâa encore Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e pour quantifier le nombre de personnes touchĂ©es. Elle estime que 2 Ă 3 % de la population pourrait ĂȘtre concernĂ©e. Pour remĂ©dier Ă cette situation, Barbara Bertin travaille avec le docteur Arnaud Norena pour concevoir une Ă©tude sur la prĂ©valence de ce trouble. Le 11 mai 2026, elle a rencontrĂ© des membres du cabinet du ministĂšre de la SantĂ© pour discuter de la nĂ©cessitĂ© de faire reconnaĂźtre cette maladie.
Les enjeux sont nombreux : sensibilisation du grand public, formation des professionnels de santĂ©, et surtout, reconnaissance de lâhyperacousie par la caisse primaire dâassurance maladie. « Nous voulons que lâhyperacousie soit reconnue, que notre souffrance soit prise en compte », insiste Barbara. Malvina, quant Ă elle, vit cette solitude au quotidien. « Comment se sentir bien dans sa peau lorsque mĂȘme ma couette fait trop de bruit ? », s’interroge-t-elle, illustrant parfaitement l’absurditĂ© de sa situation.
Le combat pour la reconnaissance de lâhyperacousie est loin d’ĂȘtre terminĂ©. Malvina, comme beaucoup dâautres, espĂšre quâun jour, cette souffrance sera comprise et considĂ©rĂ©e Ă sa juste valeur. Dans un monde oĂč le bruit est omniprĂ©sent, sa voix mĂ©rite dâĂȘtre entendue. En attendant, elle continue de naviguer dans un quotidien qui semble lui ĂȘtre devenu Ă©tranger.