Inès, architecte d’intérieur à Bordeaux : entre liberté et précarité financière

À 34 ans, Inès est architecte d’intérieur à Bordeaux, où elle exerce en tant que libérale. Ses revenus, qui s’élèvent à 2 680 € nets par mois, sont le fruit d’un métier passionnant mais exigeant. Dans un secteur où les fluctuations saisonnières sont la norme, Inès doit jongler avec ses dépenses tout en naviguant dans un environnement économique parfois précaire.

EN BREF

  • Inès, architecte d’intérieur, perçoit 2 680 € nets chaque mois.
  • Ses charges mensuelles fixes et variables totalisent environ 2 426 €.
  • Elle aspire à changer de statut juridique pour optimiser sa fiscalité.

Inès a créé son entreprise sous le statut de micro-entrepreneur il y a cinq ans. Son chiffre d’affaires brut mensuel tourne autour de 4 200 €, mais après déduction des cotisations sociales et des impôts, elle ne garde que 2 680 € nets. Cette somme, stable en apparence, cache une réalité plus complexe. En effet, Inès souligne que ses revenus peuvent varier considérablement d’un mois à l’autre. Par exemple, en janvier, elle peut ne toucher que 1 800 €, tandis qu’en mai-juin, elle peut atteindre 3 500 €.

Inès vit seule dans un T2 de 42 m² dans le quartier Saint-Michel, dont le loyer s’élève à 780 € par mois. Elle est consciente de la chance qu’elle a d’avoir signé son bail il y a trois ans. Aujourd’hui, le même appartement serait proposé à 850 €. En plus du loyer, elle doit s’acquitter d’une assurance habitation de 22 € par mois.

Concernant ses déplacements, Inès privilégie le vélo et le tramway. Son abonnement aux transports en commun coûte 42 €, et elle possède une voiture, une Clio de 2017, principalement utilisée pour ses rendez-vous professionnels. Les frais liés à cette voiture, comprenant assurance et essence, s’élèvent à environ 165 € mensuels.

Les dépenses numériques et télécoms s’accumulent également. Inès paie 15 € pour son forfait mobile, 30 € pour sa box internet, 13,50 € pour Netflix, 11 € pour Spotify et 60 € pour Adobe Creative Cloud, un logiciel essentiel à son métier. Au total, ces abonnements atteignent 129,50 € par mois.

Sa mutuelle, qu’elle a souscrite en individuel, lui coûte 52 €, tandis qu’une prévoyance complémentaire s’élève à 38 €. De plus, pour couvrir sa responsabilité civile professionnelle, elle doit débourser 45 € chaque mois. Ainsi, ses charges fixes mensuelles totalisent 1 231,50 €.

À cela s’ajoute une ligne de provision pour charges sociales et fiscales. Inès met de côté 250 € pour faire face à sa cotisation foncière des entreprises (CFE), à ses régularisations URSSAF et à ses acomptes de TVA. Ce qui porte le total de ses charges fixes à 1 481,50 €. En intégrant l’impôt sur le revenu prélevé à la source, qui représente 132 €, Inès doit faire face à des dépenses incompressibles de 1 613,50 € avant même d’avoir touché à ses dépenses variables.

Concernant l’alimentation, Inès consacre 320 € chaque mois pour faire ses courses, qu’elle effectue principalement chez Auchan et au marché des Capucins. Elle privilégie les produits frais et fait attention à ne pas gaspiller. Ses sorties lui coûtent environ 140 € par mois, qu’il s’agisse de quelques repas au restaurant ou de sorties au cinéma. Pour le shopping, elle alloue 80 € par mois, souvent en se tournant vers la seconde main.

Pour ses vacances, Inès a mis de côté 100 € par mois, ce qui lui permet de partir une semaine en été et de profiter d’un week-end prolongé. Ses dépenses variables s’élèvent à environ 695 €, ce qui, avec ses charges fixes, porte son total à 2 426 € par mois.

À la fin du mois, il ne lui reste que 334 €, une somme qu’elle juge à la fois « pas mal pour une libérale » mais insuffisante pour se sentir en sécurité. Inès a pour objectif de constituer un matelas de sécurité de 15 000 € sur son Livret A, afin de se prémunir contre d’éventuels mois difficiles.

Son projet à moyen terme est de passer en EURL pour optimiser sa fiscalité. « En micro, passé un certain chiffre d’affaires, tu payes plus d’impôts qu’un salarié au même net », explique-t-elle. Cette transition pourrait lui permettre d’augmenter ses revenus nets de 180 € par mois, mais elle doit également prendre en compte la complexité administrative que cela impliquerait.

Inès ne se plaint pas de sa situation, soulignant qu’elle exerce un métier qu’elle a choisi et dans une ville qu’elle affectionne. Cependant, elle ne peut s’empêcher de se comparer à ses amies salariées, bénéficiant de congés payés et d’avantages que son statut ne lui offre pas. La question reste en suspens : la liberté professionnelle vaut-elle le coût de cette précarité financière ?