À 47 ans, Karine exerce le métier d’aide à domicile à Charleville-Mézières depuis près de neuf ans. Avec un salaire net de 1 520 € par mois, elle jongle avec ses responsabilités professionnelles et ses charges personnelles. Son quotidien est un exercice d’équilibriste, où chaque euro compte dans la gestion de son budget.
EN BREF
- Karine perçoit un salaire net de 1 520 € par mois comme aide à domicile.
- Elle doit composer avec des charges fixes qui absorbent une grande partie de ses revenus.
- Karine rêve de devenir aide-soignante, mais les obstacles financiers freinent ses projets.
Employée par une association d’aide à la personne, Karine touche un salaire de base de 1 390 € nets. Son emploi est un CDI à temps plein, mais la réalité du terrain est plus complexe. En effet, son emploi du temps varie en fonction des hospitalisations et des décès de ses bénéficiaires. « Quand un patient part en Ehpad ou décède, je perds ses heures du jour au lendemain. Il faut parfois trois semaines pour qu’on me réattribue quelqu’un », explique-t-elle.
Pour compenser cette instabilité, Karine effectue régulièrement des remplacements le week-end, ce qui lui rapporte environ 130 € supplémentaires chaque mois. En outre, une prime Ségur de 183 € nets, introduite en 2022 pour les métiers du soin à domicile, vient s’ajouter à ses revenus. Au total, elle finit par disposer de 1 520 € nets chaque mois. Malheureusement, elle ne bénéficie d’aucune aide au logement, son loyer dépassant de 14 € le plafond de ressources. « J’ai fait trois réclamations à la CAF. Rien à faire », déplore-t-elle.
Une gestion budgétaire difficile
Le loyer de Karine, bien qu’étant modéré pour un T3, représente une part importante de son salaire. Avec un loyer de 485 € charges comprises, cela représente déjà 32 % de ses revenus. Elle vit avec son fils de 16 ans, qui est scolarisé en seconde professionnelle. Bien que l’appartement soit trop grand pour deux, elle n’a pas accepté un T2 sans chambre séparée pour son adolescent.
Les autres charges mensuelles s’accumulent rapidement. L’assurance habitation coûte 18 €, la mutuelle obligatoire est prélevée à 42 €, et l’électricité, hors chauffage, s’élève à 54 €. En termes de communications, son forfait téléphone à 5,99 € et sa box internet à 19,99 € totalisent 26 €. Karine ne peut pas se permettre d’abonnements de streaming ; son fils utilise le compte Netflix d’un ami, tandis qu’elle se contente de la télévision.
Un des postes de dépenses les plus lourds demeure sa voiture, indispensable pour son travail. Elle roule en Renault Clio de 2014, achetée d’occasion à crédit, avec un remboursement de 138 € par mois. L’assurance auto coûte 62 €, tandis que l’essence, nécessaire pour parcourir entre 1 200 et 1 500 km par mois, atteint 185 € en moyenne. Son employeur rembourse les frais kilométriques à hauteur de 0,22 € du kilomètre, mais cela ne couvre pas ses dépenses réelles. En moyenne, elle perd environ 85 € par mois sur ce poste.
Bien qu’elle ne soit pas imposable, Karine doit faire face à d’autres frais, comme la cantine de son fils qui s’élève à 85 € par mois. Au total, ses charges fixes atteignent 1 095 €, laissant 425 € pour toutes les autres dépenses.
Les fins de mois serrées
En ce qui concerne l’alimentation, Karine consacre 280 € par mois pour nourrir deux personnes, soit environ 4,60 € par jour. « Je fais Lidl et Action. J’achète les marques distributeur, je regarde les promos, je congèle beaucoup. La viande, c’est deux fois par semaine maximum », précise-t-elle. Ses sorties sont rares, se limitant à un McDonald’s occasionnel. Les vêtements sont achetés dans des friperies ou sur des plateformes de seconde main, représentant environ 25 € par mois.
Les produits d’hygiène et d’entretien coûtent 30 € mensuels, tandis que le coiffeur ne représente qu’un coût de 7 € par mois. Les frais liés à la scolarité, quant à eux, s’élèvent à 20 €. En somme, ses dépenses variables totalisent 370 €, amenant le total mensuel à 1 465 €. Il lui reste donc théoriquement 55 € pour le reste.
Cette somme est souvent insuffisante. En janvier, lorsque son pot d’échappement a lâché, elle a dû débourser 320 €, ce qui l’a contrainte à demander un acompte à son employeur et à sauter une échéance de crédit auto. Son épargne est limitée à un Livret A de 640 €, dont elle ne peut se servir qu’en cas d’urgence. « Je sais même pas ce que c’est, un PEA. Mon banquier m’a jamais parlé de ça », confie-t-elle.
Karine aspire à devenir aide-soignante, un métier qui lui permettrait d’augmenter son salaire à environ 1 720 €. Cependant, la formation dure dix mois et la perspective de perdre des revenus pendant cette période la freine. « Qui paie le loyer pendant que je suis en cours ? », s’interroge-t-elle. Son fils, qui entrera en première l’année prochaine, va également engendrer des frais supplémentaires, notamment pour son permis de conduire, un budget qu’elle estime à 1 500 €.
« Je ne me plains pas, j’ai un toit et un CDI. Mais quand je vois que le salaire médian en France tourne autour de 2 100 € nets, je réalise que je suis à 600 € en dessous. Six cents euros, c’est un autre monde », conclut-elle. Karine incarne ces travailleurs invisibles dont le budget ne laisse aucune marge d’erreur, illustrant les défis de vivre avec un salaire proche du SMIC en France.